SPINNING (Walden)

Tillie Walden. Ce nom ne vous dit probablement rien (la jeune femme sort, avec Spinning, son premier récit en France) mais il y a des chances que vous en entendiez encore parler à l’avenir. Car, à seulement 21 ans, l’auteure américaine sort là un roman graphique (de près de 400 pages) tout simplement bluffant. Bluffant de maîtrise narrative et graphique (son trait, simple et fin mais pourtant très expressif, est juste rehaussé de deux nuances de violet et de jaune) mais aussi bluffant d’émotion.
Autobiographique, Spinning (au titre particulièrement bien choisi puisqu’il peut à la fois faire référence au patinage artistique et aux figures qui voient les patineuses parfois tourner sur elles-mêmes lorsqu’elles les exécutent mai aussi au tournis que l’on peut ressentir lorsqu’on est pris de vertiges) raconte les années d’adolescence de Tillie Walden. L’auteure revient sur cette période pour tenter de mieux comprendre certains de ses choix ou de ses actes et, en premier lieu, pourquoi elle a décidé de continuer le patinage pendant si longtemps (elle a pratiqué ce sport à un haut niveau pendant 12 ans) alors qu’elle détestait se lever tôt (à 4 heures tous les matins!) pour aller s’entraîner et ne supportait ni le froid des patinoires ni le regard des juges et autres patineuses qui se posaient sur elle quand elle était sur la glace. Dans ce récit, Tillie Walden suggère plus qu’elle ne dit les choses. Par petits touches (faites de courtes scènes qui sont juxtaposées comme autant de souvenirs qui lui reviennent), elle nous fait voir le mal-être qu’elle a pu ressentir (sa gêne par rapport aux autres, sa difficulté à avoir des relations « normales ») pendant cette période et le combat qu’elle a littéralement mené pour réussir à s’assumer et à affirmer son homosexualité.
Un très joli récit introspectif, sensible et touchant, qui repose, en grande partie, sur le trait fragile de Tillie Walden qui met idéalement en exergue l’instabilité psychologique de l’auteure, adolescente.

(Roman graphique – Gallimard)