SERUM (Pedrosa/Gaignard)

Futur proche. Dans une France policière (les citoyens sont surveillés via l’ergophone qu’ils doivent constamment porter au poignet) confrontée aux pénuries d’énergie (une veille énergétique a été mise en place le soir et l’eau est rationnée), Kader travaille à la maintenance chez Eolia, société qui gère l’immense parc éolien qui entoure Paris. Il mène une vie solitaire (les relations avec ses collègues sont très mauvaises et il ne voit que rarement sa fille depuis que sa femme a demandé le divorce) depuis les procès anti-corruptions et son obligation de prendre de la Zanédrine, ce sérum inoculé aux justiciables pour les obliger à ne dire que la vérité quand ils parlent. Mais bientôt Kader commence à recevoir d’étranges messages. On cherche à entrer en contact avec lui…
Pour le premier scénario qu’il écrit pour un autre, Pedrosa, auteur, notamment, du mémorable Portugal, livre un récit désenchanté au possible, poussant à leur paroxysme toutes les tendances négatives que l’on voit naître depuis quelques années. Le monde ? Au bord de l’asphyxie, obligé de rationner eau et électricité pour continuer à fonctionner à peu près. Les gouvernements ? Corrompus, ils ne cherchent qu’à manipuler les citoyens, dont chaque fait et geste est surveillé par une police brutale et omniprésente, pour être élus. Les relations humaines ? Hypocrites, elles ne reposent que sur le mensonge. Voilà le monde dans lequel Kader vit. Et qu’il subit même, manipulé de toutes parts. Par le gouvernement, qui a renversé son groupe politique et l’a condamné à prendre le fameux sérum vérité après les purges. Et par le mouvement clandestin qui l’utilise en sous main, sans qu’il s’en rende compte, pour faire tomber le nouveau gouvernement…
Voilà un thriller d’anticipation politique glaçant, qui doit beaucoup à l’atmosphère paranoïaque très réussie qu’il parvient à installer par l’entremise du travail graphique bien senti (même si son trait est parfois trop statique) de Gaignard et sa mise en couleur dans des tons froids et blafards que l’on découvre ici. Et très critique, ce qui n’est, bien sûr, pas pour nous déplaire. Une première réussie pour Pedrosa dans le rôle de scénariste pour un autre.

(Récit complet – Delcourt)