MON TRAITRE (Alary)

Antoine a rencontré l’Irlande en 1974. C’était à Paris ! A travers Pierre, un enseignant en anglais venu faire réparer son violon dans son atelier. Amoureux de la belle verte, il lui parla de Connolly, héros de l’indépendance, de l’IRA, des salauds de britanniques qui tuaient, même des enfants, pour mater la rébellion. Alors, sur ses conseils, Antoine se rendit à Belfast, pour vraiment connaître l’Irlande. Il devint ami avec Jim, Tyrone ou Jack. Découvrit leur combat pour la liberté. Partagea leurs peines. Apprit à détester les anglais aussi. Et proposa même de les aider dans leur lutte. Ainsi, pendant des années, Tyrone, un haut responsable de l’IRA dont le fils purgeait une longue peine de prison pour terrorisme, utilisa régulièrement sa chambre de bonne parisienne. Jusqu’à ce qu’on ne découvre, un beau jour de décembre 2006, que le grand Tyrone, cette grande figure républicaine, était en fait un traître. Et ce depuis 1981…
Tombé sous le charme du roman de Sorj Chalandon, de ses mots et de sa force, Pierre Alary a eu envie de l’adapter en bande dessinée. De faire revivre cette histoire marquante, grâce à son dessin, à ses couleurs, à son montage. On ne connaît pas le roman de Chalandon mais si l’on considère ce qu’ Alary en a fait, il ne peut être que magnifique. Le pari était pourtant loin d’être gagné puisque Chalandon y raconte sa propre histoire. Antoine, c’est lui. Et Tyrone, même s’il a ici changé de nom (il s’appelle en fait Denis), c’est son ami irlandais qui a trahi. Lui, les irlandais et lui-même. Mais Alary a réussi à se l’approprier et à en faire « son » traître. A faire revivre, avec beaucoup de justesse, cette Irlande des années 80-90, pleine de joie de vivre et de tristesse mêlées. Résolue à perdre ses enfants pour gagner un jour sa liberté. L’Irlande et son combat contre l’envahisseur anglais. Par tous les moyens: marches pacifiques, grèves de la faim, bombes…Et à mettre en scène ce que l’on peut ressentir quand on a été trahi. La sidération, la volonté de comprendre. La colère aussi. Et l’acceptation. Car un ami reste un ami malgré tout, non ? Le trait, très juste et touchant, et le découpage d’ Alary rendent tout cela à merveille et donnent raison à Chalandon de lui avoir accordé sa confiance. Une superbe adaptation !

(Roman graphique – Rue de Sèvres)