FRUSTRATION + CRISIS, 03.02.18

Il aura fallu attendre 2018*, et une Seine qui déborde, pour enfin voir réunis Frustration et une de leur références majeures (que je partage), les mythiques Crisis. Prévu à Petit Bain, le concert est finalement déplacé au Trabendo pour cause de quai inondé. Tant mieux, l’équation permettra d’accueillir une petite centaine de personnes en plus (la date était sold out depuis quelques temps).
C’est donc avec les anglais dont j’ai tant de fois écouté les disques depuis les années 80 que le concert commence. C’est la première fois que je les vois, donc je suis un peu ému. Je retombe en enfance.

Samedi 3 février, Paris, Trabendo. Crisis, avec Tony Wakeford (N&B à gauche) et Loyd James (N&B à droite), jouent avec Frustration (photos couleurs).

Dès le début les choses semblent claires, Douglas Pierce (membre controversé de Death in June) ne fait pas partie du line up. Mais si on se penche sur le line-up, on se rendra compte rapidement, comme souvent dans les reformations, que le Crisis de ce soir n’a plus grand chose à voir avec celui de 1978, et que tout n’est pas si simple. Seul Tony Wakeford (dont le parcours est lui aussi particulièrement controversé) faisait partie du groupe à l’époque. Son passage à l’extrême-droite (durant les années 80-90) n’est plus à démontrer, mais il semble avoir reconnu ses erreurs depuis. A ses côtés, son camarade Clive Giblin de Sol Invictus (et Alternative TV) à la guitare, Igor Olejar (de Autorotation) à la batterie, et Lloyd James (de Naevus) au chant. Quasi aucun membre d’origine donc. Je reviens sur ce line-up pour montrer le paradoxe de ce genre de reformation : nous venons tous voir un groupe dont nous sommes fans, mais nous écoutons en réalité un autre groupe reprendre ses chansons. Mais tout le monde fait comme si nous venions de voir les vrais Crisis. Bizarrerie de ce genre d’évènement.

Bref, entendre ces reprises en live n’en est pas moins plaisant. Le groupe démarre d’ailleurs fort en plaçant dès le début de son set des classiques comme « White Youth » et « PC1984 ». Dommage pour les retardataires.
Le son n’est pas merveilleux. Beaucoup plus rond qu’à l’époque où les guitares vous tranchaient les oreilles, et le chant vous cinglait le visage. La basse, à l’inverse, a ce son moderne plein de claquant, et me semble beaucoup trop forte. On est donc loin de la perfection, mais ce n’est pas grave. Le chanteur ne remplacera pas la rage de l’époque, cette envie d’en découdre typiquement cockney, mais je dois avouer qu’il s’en sort avec les honneurs. La tâche était rude, mais Lloyd James réussit la greffe avec une voix plus grave et bien maîtrisée. Il faut admettre que les morceaux sont là. Joués avec moins de rage et d’intensité que les originaux, certes, mais ils sont là, avec leurs refrains irrésistibles, et leurs mélodies de guitares touchantes. Et cela suffit à notre bonheur. Une chose rapproche d’ailleurs le groupe de ce soir de la formation d’origine : il est aussi carré que l’était le groupe d’autrefois (avec un peu plus de pains que sur enregistrement) ! Autant dire qu’on a vu plus resserré ! Et pourtant, entendre en live « Alienation », « Red Brigades », « Brükwood Hospital », « Afraid » ou « Laughing » est une chance, et le public le sait. Le nouveau Crisis nous présente même un nouveau morceau, « Hammer and Anvil », qui a plutôt de la gueule. Comme quoi. Evidemment, quand arrive le morceau « Frustration », la soirée prend tout son sens. La boucle est bouclée. Et c’est dans cette même logique que le groupe accueillera Fabrice de Frustration sur le rappel pour chanter l’ultime « Holocaust ». Moment qu’attendra le public pour vraiment se réveiller. Le groupe finira donc ces retrouvailles avec « UK’78 », « Holocaust » et « Kanada Kommando ». Merci pour ce petit retour dans le passé les gars.

Fabrice de Frustration (à droite) et Crisis

Et pourtant, quand Frustration rentrera sur scène, de la nostalgie, nous n’en aurons pas. Car les gars vont remettre les pendules à l’heure, et nous servir ce qu’on attend d’eux : du très bon Frustration. Malgré un joli pain en milieu de set, les frenchies vont surtout montrer leur maîtrise de la scène. Son parfait, présence irréprochable, sourires ici, gueulantes là, tout y est. Même set que la veille à Amiens semble-t-il, avec ce qu’il faut de chaque époque (de « Relax » à « Empire of Shame »), son lot d’incontournables (Midlife Crisis, Assassination, Excess, etc.) et une putain de bonne ambiance. Rien à redire, j’ai déjà beaucoup écrit sur les lives de Frustration. Ce soir nous avons eu le droit encore une fois à du grand art. De la générosité, du fun, de l’engagement… bref, j’ai beau les voir et les revoir, ces mecs me chopent à chaque fois. Allez, l’habituelle reprise des Visitors et un merveilleux « Blind » pour finir. Du bonheur brut. Bon, la prochaine fois vous nous concoctez quelques nouveaux morceaux ?

 

*soit 40 ans après la formation de Crisis !

 

photos : [monsieur rage]

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