SERENA (Pandolfo/Risbjerg)

BD. Après 3 mois passés à Boston pour affaires, Pemberton revient…accompagné de sa nouvelle femme, Serena. Elle a tout quitté (elle a revendu les terres familiales et a mis le feu à la maison…) pour venir l’aider à gérer son exploitation forestière de Caroline du Nord. D’une main de fer et parce qu’elle est respectée par les hommes pour son expertise en la matière, la patronne parvient à faire prospérer leur affaire. Même si, pour cela, certains ouvriers meurent sur les chantiers, écrasés par une grume ou mordus par un crotale diamantin. Pemberton et elle ne font qu’un et aucun obstacle ne semble assez coriace pour les empêcher d’avancer. Aucun obstacle à part peut-être le fils que Pemberton a eu avec une jeune cuisinière du camp avant de la rencontrer…
Bien sûr, la mythologie de la conquête de l’ouest est remplie de ces figures sans foi ni loi, plus grandes que la vie, capables de tout (et souvent du pire) pour réussir sur lesquelles l’Amérique s’est construite. Mais avec Serena, Ron Rash (la BD est en fait adaptée de son roman) fait fort. Déjà parce que son méchant est un personnage féminin, ce qui est plutôt rare, mais aussi parce que cette Serena est vraiment le mal incarné. En même temps que la Pemberton Lumber Company défigure ces magnifiques collines de Caroline du Nord, un groupe d’ouvriers observe (et commente…) de loin Serena éliminer un à un les obstacles qui se dressent sur son chemin. Le vieux Abe Harmon, alcoolisé, vient demander réparation pour sa jeune fille que Pemberton a mise enceinte ? Serena pousse son mari à lui régler son compte devant tout le monde, au couteau. Les crotales ralentissent le travail de ses ouvriers ? Elle fait venir, en train, un aigle dressé pour les dénicher et les tuer. Leurs associés, Buchanan et Wilkie, commencent à avoir des doutes quant à leurs choix ? Elle charge son homme de main de faire disparaître le premier…Rien ne l’arrête. Serena ne semble connaître ni scrupule ni pitié. Difficile de croire que ce si joli corps renferme un tel démon. Déterminée et impitoyable.
Si l’on ne connaît pas le roman d’origine, on peut cependant clairement dire que ce que Pandolfo et Risbjerg en ont fait est une grande réussite. Leur choix d’entourer la trajectoire sanglante de Serena Pemberton d’un halo maléfique (son homme de main ressemble à un vampire et la façon dont elle sort indemne d’une hémorragie ou d’un incendie lui donnent un côté surnaturel), comme si les hommes ne pouvaient croire une femme capable de ces actes et la façon très subtile qu’ils ont de montrer le remord et la culpabilité naître puis croître en Pemberton sont très réussis. Et le matériau de départ avait beau être fort et riche, fallait-il encore qu’il soit porté par un dessin marquant. Et c’est ici le cas avec ce travail graphique de Risbjerg qui, à coups de traits épais, campent des personnages plus vrais que nature. Une superbe adaptation.

(Récit complet – Sarbacane)

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