GUANTANAMO KID (Tubiana/Franc)

BD. « Se trouver au mauvais endroit au mauvais moment »: l’adage ne s’est jamais aussi bien appliqué qu’à Mohammed El-Gorani. Immigré tchadien, avec sa famille, en Arabie Saoudite, le jeune garçon a rapidement compris que les lois racistes saoudiennes (les écoles étaient fermées aux non-saoudiens et la création d’une entreprise ou l’ouverture d’une boutique étaient aussi réservées aux saoudiens) le cantonneraient toute sa vie aux petits boulots (vendre des bouteilles d’eau dans la rue ou des souvenirs devant la mosquée de Médine) s’il ne faisait pas quelque chose. Il décida donc de partir, à 14 ans (en échange d’un backchich, il réussit à obtenir un passeport avec un faux nom pour éviter que ses parents ne l’en empêchent), au Pakistan pour suivre des cours d’informatique chez l’oncle d’un copain à lui. Sauf qu’un jour (nous sommes 2 mois après le 11 septembre…), les militaires pakistanais organisèrent une rafle devant la mosquée, embarquant des dizaines d’hommes, dont Mohammed. Avant de les revendre aux américains, moyennant quelques milliers de dollars par tête de pipe. Le début de l’enfer pour El-Gorani…
La convention de Genève ? La présomption d’innocence ? Les droits des accusés ? La justice ? L’administration Bush les a baffoués, encore et encore, à Guantanamo, quasiment au vu et au su du monde entier. Avec ce récit basé sur le témoignage de Mohammed El-Gorani, on (re)découvre toute l’étendue du scandale. Les sévices psychologiques, les humiliations, la torture, la maltraitance, la négation des droits fondamentaux (Mohammed dût attendre 3 ans pour pouvoir dire à ses parents où il se trouvait et les rassurer ou parler à un avocat…): la liste des exactions américaines est longue, très longue…En tout, El-Gorani est resté emprisonné 8 ans à Cuba car il était considéré comme un membre influent d’Al-Qaida. Les services secrets US en avaient la preuve formelle: c’est un membre de la cellule d’Al-Qaida de Londres qui l’avait lui-même identifié en 1993. Sauf qu’à l’époque, Mohammed n’était âgé que de 6 ans…Une simple vérification de son extrait de naissance aurait suffi à le disculper…Libéré en 2009, El-Gorani n’en avait pourtant pas terminé avec les problèmes. L’Arabie saoudite refusa qu’il revienne au pays (même si ses parents y vivaient), puis surveillé par les américains, il lui fut interdit de quitter le Tchad et il fut régulièrement embarqué, à toute heure du jour ou de la nuit, pour interrogatoire. Même innocenté, il resterait malgré tout un prisonnier de Guantanamo à vie…
Il est difficile de croire que Guantanamo Kid est une histoire vraie tant on baigne ici dans l’absurde et le surréaliste (il reste 41 prisonniers détenus à Guantanamo, qui, malgré la promesse d’Obama, n’a jamais été fermé…). Un récit hallucinant porté par le dessin de Franc qui a ici fait le choix de la simplicité et de la sobriété (il n’y a, par exemple, pas de mise en couleur) pour laisser avant tout le témoignage fort et édifiant d’ El-Gorani parler de lui-même. Indispensable !

(Récit complet – Dargaud)

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