LA NUIT DE L’USINE (Sacheri)

ROMAN. L’un des premiers romans d’Eduardo Sacheri, Dans ses Yeux, a été adapté au cinéma (par Campanella) et a même remporté l’Oscar du meilleur film étranger en 2010. Et l’on voit bien La Nuit de l’Usine suivre le même chemin. Et si l’on devait situer ce nouveau récit, on ferait d’ailleurs appel à des réalisateurs pour cela et on le placerait quelque part entre Ken Loach, pour son côté politique et les frères Coen, pour son humour et ce côté burlesque vers lequel le roman penche parfois (on pense à la réaction allergique aux toxines de dieffenbachia qui défigure momentanément Rodrigo alors qu’il se trouve face à la belle Florencia ou à la scène du veau que les frères Lopez et Perlassi tentent désespérément d’attraper malgré sa mère protectrice…), histoire de dédramatiser les choses. Le scénario est en tout cas déjà prêt avec ce feel good book aux petits oignons qui nous raconte une histoire de vengeance. Celle de Perlassi et de ses copains contre Manzi, un magouilleur de la pire espèce qui, grâce à la complicité de son ami banquier Alvarado, a profité de la crise économique que l’Argentine traverse et du coralito (la saisie de l’épargne par le gouvernement de de la Rua) pour les escroquer de 242 000 dollars. Les économies de 7-8 copains que Perlassi avait rassemblées pour racheter une usine laissée à l’abandon dans leur village et y créer une coopérative et redonner du travail à ceux que la crise a plumés. Et au-delà, c’est aussi la revanche des gens simples, un peu losers sur les bords, contre l’avidité et le capitalisme sauvage que nous conte le romancier. Car chaque membre de l’équipe va apporter ses compétences (qui aurait, par exemple, pu penser que le vieux Médina était un expert en explosifs?) pour mener le plan de Perlassi à bien !
A travers son écriture bienveillante et pleine de tendresse pour ses personnages un peu abîmés par la vie et le système, Sacheri entend démontrer ici qu’amitié, solidarité et utopie peuvent venir à bout du capitalisme, de la course au profit et de l’individualisme. Un récit à la fois divertissant, drôle (on suit, amusés, les préparatifs de l’équipe avec un vrai intérêt) et critique. Une belle occasion de découvrir cet auteur argentin si vous ne le connaissez pas encore !

(Roman, 448 pages – Editions Héloïse d’Ormesson)

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