FLORIDA (Dytar)

BD. Angleterre, fin du XVIe siècle. Jacques Le Moyne, français huguenot exilé à Londres, ne vit quasiment plus. Sa femme et ses filles évoluent autour de lui et tiennent la maison quasiment sans qu’il s’en rende compte. Ses journées, il les passe à dessiner des motifs de fleurs pour Mary Stuart. Et quand Sir Walter Raleigh, célèbre explorateur, vient l’inviter pour lui parler d’un projet de colonie anglaise en Amérique, cela le met dans tous ses états et il refuse catégoriquement. Qu’y-a-t-il bien pu se passer lors de son voyage comme cartographe en Florida sous le commandement du français Laudonnière pour qu’il lui soit devenu impossible de parler de cette expérience ?
Après la Perse du fondateur de la secte des Assassins (Le sourire des marionnettes) et la peinture du Quatrocento (La vision de Bacchus), Jean Dytar change encore de style graphique et nous propose un nouveau voyage dans le temps avec son troisième roman graphique: un voyage en Amérique ! Et nous donne, comme d’habitude, l’impression de voir l’Histoire se faire sous nos yeux. L’Amérique. Territoire encore vierge qui excite l’imagination des nobles de toutes les cours d’Europe depuis sa découverte. Fantasme des explorateurs qui ne rêvent que d’une chose: découvrir et cartographier ce monde inconnu. Mais aussi terre stratégique que les protestants anglais ne peuvent abandonner aux catholiques espagnols déjà implantés dans le sud. Alors Raleigh, Hakluyt ou de Bry tentent, par tous les moyens (et notamment en publiant des récits de voyage manipulateurs, qui omettent par exemple de parler des échecs passés…), de convaincre leurs souverains de financer une expédition pour fonder une Nouvelle Angleterre dans ce nouveau monde.
Comme à l’accoutumée, grâce à son superbe travail graphique (ici, un trait à l’encre rehaussé de superbes aquarelles) et à une construction narrative habile qui voit le récit osciller entre présent de narration et passé qui revient régulièrement hanter Jacques, Jean Dytar nous emporte littéralement dans le sillage de ces premiers aventuriers à la découverte de ce monde nouveau: il montre les premiers contacts avec les autochtones, la difficulté de survivre dans ce milieu hostile, les tentatives diplomatiques pour tenter d’utiliser les tribus et les premières trahisons…qui changeront à jamais leurs relations avec les « sauvages » qui ont rapidement compris que ces blancs n’étaient là que pour prendre leur terre et l’or qu ‘ils espèrent y trouver avant les autres. Brillant !

(Roman graphique, 264 pages – Delcourt)

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