L’HISTOIRE DES 3 ADOLF Intégrale Volumes 1 et 2 (Tezuka)

BD. On comprend pourquoi les éditions Delcourt ont choisi L’histoire des 3 Adolf pour inaugurer, avec Ayako, leur collection Tezuka, amenée à rassembler ses plus grandes œuvres. Tout simplement parce que c’est un chef-d’œuvre du neuvième Art ! L’un des 2 ou 3 récits, avec Maus de Spiegelman, qui parvient le mieux à restituer l’horreur de la seconde guerre mondiale, les atrocités vécues par les juifs, la folie barbare qui a pris possession de l’Allemagne sous le régime nazi. Tezuka n’avait que 11 ans quand la guerre a commencé mais haine, bombardements et rationnements l’ont terriblement marqué. Si bien qu’il a toujours voulu témoigner de son expérience auprès de la nouvelle génération, avec l’espoir qu’une telle chose n’arrive plus. Voilà pourquoi ce récit est si clairement anti-militariste et qu’il appelle à se méfier de la propagande étatique et du patriotisme (« Je ne veux pas d’un patriotisme qui attire le mépris et la haine », fait dire Tezuka à l’un de ses personnages). Et, s’il est bien sûr très critique envers les nazis et la folie meurtrière dans laquelle ils se sont lancés, Tezuka n’épargne pas non plus son propre pays, le Japon, dont le patriotisme exacerbé mena le pays à perpétrer des exactions en Chine (en Mandchourie) puis à entrer en guerre, aux côtés de l’Allemagne, par ambition impérialiste. Le génie de Tezuka est de l’avoir raconté dans un récit fleuve (ce qui s’explique par le fait que le récit a d’abord été publié dans un magazine de 1983 à 1985 et éditeur et auteur avaient donc intérêt à ce que l’histoire dure…) qui parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout des 1200 pages (mais oui vous avez bien lu!) en prenant des allures d’enquête. Une enquête captivante à laquelle 2 copains d’enfance, l’un juif allemand, Adolf Kamil, l’autre germano-japonais dont le père est un dirigeant nazi au Japon, Adolf Kaufman, vont être mêlés par hasard. Le premier étant amené à cacher des documents prouvant qu’Hitler a du sang juif dans les veines (cette « légende » que Tezuka utilise est l’une des rares inexactitudes du récit qui colle, par ailleurs, au plus près des faits historiques), le second étant envoyé, plus tard, en mission pour les récupérer à tout prix…C’est au travers de l’histoire de ces documents et des 2 Adolf (auxquels il faut bien sûr ajouter le troisième Adolf du titre, un peu plus connu…) que l’on vit la montée en puissance du régime nazi puis la guerre.
Un récit d’une incroyable maîtrise (le trait n’a pas pris une ride) et d’une grande force. Bref, un incontournable de la bd (et la dernière série complète de Tezuka qui mourut peu de temps après d’un cancer de l’estomac) que cette intégrale nous propose de redécouvrir, accompagné d’une foule de bonus : préface et biographie de Tezuka, dossiers d’analyse signés Pasamonik et Ono, spécialistes du mangaka.

(Intégrale, 624 et 736 pages – Delcourt)

 

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