COLVILLE (Gilbert)

BD. Journaliste (il a relancé Les Cahiers de la bd en 2017), éditeur (il gère notamment la collection Outsider chez Delcourt), traducteur : Vincent Bernière est une figure de la bande dessinée. Incontournable et active. La preuve : il lance un nouveau label éditorial, Revival. Qui se donne une double mission : dénicher les nouveaux talents de la bd mondiale et rééditer des ouvrages épuisés ou devenus rares. En soignant l’édition. Les 2 premières parutions sont déjà disponibles : M. Poche d’Alain Saint-Ogan, qui n’avait pas été réédité depuis les années 30 et qui bénéficie ici d’une édition augmentée (Revival a réussi à mettre la main sur 37 gags inédits) et ce Colville du canadien Steven Gilbert. Un livre qui a une histoire assez incroyable. Car après avoir fait paraître un comics auto-produit de 64 pages photocopiées, la première version de Colville, en 1997, son auteur disparaît, malgré le petit buzz qui l’avait entourée, notamment sur internet. Bien plus tard, un éditeur italien (Coconino Press, géré par l’excellent Igort), retrouve Gilbert et le convainc de retravailler Colville pour en ressortir une nouvelle version, augmentée de 100 pages, en 2017, quelque 20 ans après. Version qui sort maintenant en France grâce à Revival.
Inspirée du tueur en série canadien Paul Bernardo, l’histoire est sombre, voire glauque. Elle met en scène un lycéen, David, qui a déjà été en prison pour un cambriolage, et sa petite amie Tracy. Un couple qui ne rêve que d’une chose : partir de Colville, petite ville morne et triste d’un peu plus de 2000 habitants où l’on s’ennuie ferme. D’autant que la réputation de David est maintenant faite et que le jeune homme sent bien que ses anciens acolytes ne vont pas le lâcher. D’ailleurs, Van lui a donné rendez-vous au Réservoir pour lui proposer un truc. Voler une moto-cross à un certain Alan Gold, connu pour vendre de la dope aux abords du lycée, le genre de mec qui se balade toujours avec un flingue sur lui. Mais les 1000 dollars lui permettraient de partir en Californie ou en Floride avec Tracy…
Un thriller bien flippant avec ses ambiances inquiétantes (en plus de Gold, qui n’est déjà pas très équilibré, David et Tracy vont également tomber sur un tueur en série qui drogue ses victimes avant de les obliger à tourner des snuff movies…) très réussies, clairement soulignées par le dessin sombre de Gilbert, un noir et blanc (parfois approximatif au début…On peut d’ailleurs s’amuser à regarder comment le tait de Gilbert a progressé) qui utilise beaucoup d’aplats et de hachures, qui brosse un portrait bien peu reluisant de ces petites villes d’Amérique du nord, à la façon d’un David Lynch dans Blue Velvet duquel on peut clairement rapprocher ce Colville, notamment quand Gilbert propose ces cases contemplatives qui montrent tour à tour un pont abandonné, le haut d’une église, le chemin de fer ou un terrain de base-ball déserté. Une première sortie qui lance en tout cas de belle façon ce nouveau label !

(Récit complet, 192 pages – Revival)

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