LA CROISADE DES INNOCENTS (Cruchaudet)

BD. Au Moyen-Age. Colas a été recueilli, comme d’autres enfants sans famille, par un couple qui les exploite. Un jour d’hiver, le garçon voit, sous la glace, un homme barbu, les yeux ouverts, les bras en croix. Se pourrait-il que ce soit Jésus qui lui soit apparu ? Pour son copain Camille, à qui il raconte cela, il n’y a pas de doutes : il est l’Elu et ce n’est pas un hasard si tout cela leur arrive…Tous les deux expliquent ainsi aux autres enfants que Colas a vu le fils de Dieu et qu’il lui a demandé d’aller à Jérusalem pour délivrer son tombeau. Le lendemain, ils sont 10 à partir en cachette, aux aurores, de la maison. Puis, de village en village, d’autres enfants, toujours plus nombreux, rejoignent leur croisade…
Au départ, il y a ce fait historique sur lequel Chloé Cruchaudet est tombée, par hasard : une croisade populaire d’enfants né spontanément en 1212. Pas étonnant que cela l’ait intriguée et que cela ait finalement abouti à La croisade des innocents. Un conte, à première vue, qui peut s’adresser aux enfants avec ce père aux allures d’ogre qui oblige Colas à quitter son foyer, son intrigue surréaliste avec ces enfants qui partent en croisade à Jérusalem, ses différentes péripéties (les enfants devront bien entendu surmonter difficultés et dangers au cours de leur aventure), son héros et sa morale (si les enfants avaient écouté leurs parents, il ne leur serait rien arrivé de mal…) sombre et cruel. Mais cette histoire de messie rejoint par tant de gamins qu’il finit par former une grande communauté est aussi, et surtout, l’occasion pour Cruchaudet de proposer une réflexion mordante sur la religion et ses ressorts. Comment une croyance naît-elle ? Pourquoi tant de personnes sont-elles prêtes à la suivre ? Qui se charge de transmettre cette croyance et ces derniers y croient-ils vraiment ? Voici quelques unes des questions que l’auteur pose dans cette histoire menée de main de maître et auxquelles la conclusion (et aussi sa forme, un conte, rappelons le…) apporte une réponse sans ambiguïté : suivre aveuglément un messie qui prétend avoir vu Jésus ne peut rien apporter de bon…Un récit qui confirme tout le bien que l’on pense du travail de Chloé Cruchaudet (et de son trait fin et sensible), notamment depuis l’excellent Mauvais genre.

(Récit complet, 176 pages – Noctambule)

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