SERVIR LE PEUPLE (Lianke/Inker)

BD. Chine, pendant la révolution culturelle. La mère de Petit Wu est sur le point de mourir et il entend bien exaucer son dernier vœu : se marier avant qu’elle ne ferme les yeux. Même si pour cela il doit promettre à son futur beau-père de travailler dur à l’armée pour obtenir un hukou pour que sa famille puisse s’installer en ville. Alors il ne dit rien quand il doit se lever plus tôt pour balayer et se coucher plus tard pour rédiger des rapports idéologiques. Et il serre les dents quand on lui demande de laver les chaussettes et les caleçons de ses supérieurs. Mais quand la femme du colonel dans la maison duquel il travaille depuis quelques jours lui demande, un soir, en son absence, de « s’occuper » d’elle, Petit Wu a un doute : est-ce aussi cela servir le peuple et aider la révolution ?
Il y a fort à parier que vous n’ayez jamais vu la révolution culturelle sous cet angle-là…Car Lianke et Inker (qui adapte ici son roman) ont en fait ici décidé de dénoncer par l’absurde la bêtise (qui ferait presque rire s’il n’y avait eu autant de morts, entre 30 et 60 millions selon les sources…) du programme ainsi que de la propagande de Mao et du parti communiste chinois dans les années 60. Le Grand timonier avait si bien réussi à contrôler les esprits et à hiérarchiser la société chinoise que chacun avait fini par surveiller chacun et que toute liberté avait disparu…Si bien qu’un supérieur dans l’armée ou un responsable du Parti avait quasiment droit de vie ou de mort sur ses subalternes. Voilà pourquoi Petit Wu est obligé de devenir l’esclave sexuel de la femme de son colonel. Obligé de lui donner du plaisir dés qu’elle lui fait signe sous peine de voir sa carrière dans l’armée réduite à néant et de jeter l’opprobre sur sa famille. Alors Petit Wu accepte de servir la Révolution. Et s’acquitte si bien de sa tâche que lui et sa « grande sœur » tombent amoureux….
L’ironie mordante de Lianke et Inker font ici, bien sûr, merveille, vous l’avez compris. Mais elle ne serait rien sans le formidable travail graphique d’Inker qui rappelle, avec ses couleurs passées (et griffées pour obtenir une sorte de patine authentique) et son trait stylisé, l’iconographie des contes et histoires publiés pendant la révolution culturelle avec grand talent. Un dessin qui plus est superbement mis en valeur par la très belle édition (papier Munken pure, couverture brochée avec feuille d’or…) signée Sarbacane. Un très grand livre rouge !

(Récit complet, 206 pages – Sarbacane)

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