MELVINS On a parlé avec le King

Grand moment ce vendredi 28 septembre à la Cartonnerie de Reims : on rencontre un roi. Buzzo, roi des Melvins. 25 ans que l’on attendait ça. Parce que les Melvins est un groupe qui compte dans le monde du rock. Leur heavy-punk-rock-noise volontiers délirant a en effet influencé bon nombre de groupes, depuis le temps, à commencer par Nirvana (pour ceux qui ne le savent pas, les Melvins étaient les idoles de Kurt Cobain et le leader de Nirvana a plus d’une fois aidé la bande à Buzz Osborne à charger et décharger leur matos lors de leurs concerts)… Un roi simple qui s’est montré affable (voire même bavard : difficile, parfois, de l’arrêter quand Buzz est lancé) et très disponible. Avant de revêtir sa toge de grand prêtre sataniste pour livrer un très bon concert, le groupe ayant clairement trouvé un nouvel équilibre avec la présence des 2 bassistes, Jeff Pinkus (des Butthole Surfers) et Steven MacDonald (qui officie aussi dans Off ! ou Redd Kross), aux côtés des inamovibles Buzz Osborne et Dale Crover. Au menu : la longévité du groupe, Cristal Fairy ou les courses d’IndyCar…

 

Buzz : (avec une voix bizarre) Heeelloooo…

Positive Rage : Je suis vraiment content de vous rencontrer. J’attendais ça depuis un moment mais à part Paris vous ne jouez pas beaucoup en France…

C’est vrai que ça fait longtemps que l’on n’est pas venus. Je ne sais plus si on a déjà joué ici (NDR : à Reims).

Non, je ne pense pas. Je l’aurais su…

Mais cette fois-ci on va jouer quelques concerts en France. 5. Ici, Besançon, Paris, La Rochelle et Brest.

Oui j’ai vu que vous alliez en Bretagne. Cool. Vous allez aimer si vous avez un peu de temps pour vous balader.

On a un jour off là-bas donc on pourra un peu en profiter.

En fait vous venez tout juste de commencer votre tournée européenne (NDR : Reims était la seconde date, après Bristol) mais auparavant vous avez fait une très grosse tournée américaine. On a l’impression que les Melvins ont enfin le succès qu’ils méritent. Comment vous l’expliquez ?

C’est vrai que ça a été lent. Bon on n’a pas à se plaindre. Ça se passe bien pour nous. Mais le fait de ne jamais avoir splitté a dû jouer. On n’a jamais arrêté pour revenir 5 ans après et faire une tournée de réunion. On est toujours resté cohérent. On a dû faire plus de 2000 concerts… C’est beaucoup.

C’est comme une sorte de récompense.

Oui même si on gagne notre vie grâce à la musique depuis les années 80. Bon ça veut pas dire qu’on a plein d’argent, hein. On a quitté nos boulots en 1988 et tant que ça a fonctionné on a continué à faire ce qu’on fait. Mais on n’a jamais été des esclaves de notre public. Jouer ce que l’on attendait de nous. On n’a jamais été comme ça. Au début, on a galéré mais c’était ce que l’on avait toujours voulu faire… Mais ce n’était pas si évident que ça car on ne voulait pas simplement gagner notre vie grâce à la musique. On voulait gagner notre vie en faisant la musique que l’on avait envie de faire. C’est plus facile de faire ce que les gens veulent. Même si je ne sais pas vraiment ce que les gens veulent…Tant que je faisais de la bonne musique qui m’intéressait je me disais que cela intéresserait aussi les gens. Peut-être pas des millions mais suffisamment. Mais c’est vrai que je vois cela comme un cadeau de pouvoir faire ça après tout le boulot que l’on a fourni. Et je vais continuer jusqu’à ce que je ne puisse plus ou que cela ne m’intéresse plus. J’ai lu une interview de ce skate-boarder qui disait que l’on prend sa retraite quand on n’est plus intéressés ou que les autres ne sont plus intéressés. C’est exactement ça. Ou je pourrai aussi te citer ce joueur de base-ball professionnel qui a dit que le jour où tu joues devant 40 000 spectateurs et que tu te demandes ce que tu vas faire une fois rentré à la maison alors il est temps d’arrêter (NDR : gros rires). C’est fini. Tu vois moi je ne pense pas encore à ce que je vais faire une fois rentré à la maison quand je suis sur scène. J’essaie juste de faire de mon mieux.C’est vrai que l’on n’a pas choisi la route la plus facile. Mais je ne me suis jamais soucié de ce que les autres pouvaient penser de ma musique. Ce n’est pas que je m’en fiche mais c’est juste que ce serait une erreur de faire ça. En plus comme je l’ai dit je ne sais pas ce que les gens veulent. Par contre, je sais ce que moi j’aime. (NDR : Buzz se met de nouveau à rire).

Il y a peut-être autre chose qui explique votre longévité : le fait que vous avez toujours été très actif et bosseurs. Vous avez sorti un nombre important de splits, de EPs, d’albums… Vous n’arrêtez pas de bosser en fait.

Beaucoup beaucoup de trucs, c’est vrai. J’ai composé des centaines et des centaines de chansons, on a joué des milliers de concerts, on bosse tout le temps, c’est clair. On s’arrête jamais, en fait.

Tu disais dans une interview réalisée il y a quelques années (NDR : pour Noise, en 2014) que tu étais une machine à écrire des morceaux (« a songwriting machine« ). C’est toujours le cas alors ?

C’est vrai. J’écris beaucoup de matériel. Encore maintenant. Ce n’est pas quelque chose de compliqué pour moi. Parvenir à faire ce que je veux avec ce que j’écris, quelque chose d’intéressant, n’est pas facile par contre. Qu’est-ce que je veux faire avec ce riff ? Une fois que tu as répondu à la question tu peux avancer mais pas avant. Cette partie n’est pas facile. Mais ensuite ça va assez vite. Parfois, certaines chansons sont terminées très vite. Sans que je sache pourquoi. Et parfois tu dois lutter pour arriver à une chanson qui te plaît. Bizarre. D’ailleurs c’est étrange quand on parle d’un nouvel album et de nouveaux morceaux. Ils sont nouveaux pour les gens. Mais pas pour moi. Certains morceaux ont en fait commencé leur vie longtemps avant mais c’est juste que je n’ai pas réussi à en faire quelque chose. Puis je les reprends quelques années après et j’arrive enfin à en faire quelque chose d’intéressant. C’était par exemple le cas pour Stoner Witch (NDR : album sorti sur Atlantic en 1994). Il y avait 3 ébauches de morceaux dont on n’a pas réussi à faire quelque chose. On les a repris 15 ans plus tard et on les a terminés et ils se sont retrouvés sur un album. Mais ce n’était pas de nouveaux morceaux. Ils auraient tout aussi bien pu se retrouver sur Stoner Witch si j’avais réussi à les terminer. Les gens ne savent pas exactement comment ça fonctionne. Quand j’aime un artiste, un peintre ou un musicien, et que je le respecte, je respecte aussi sa méthode de travail et sa façon de penser. Pourquoi Andy Warhol a fait ce qu’il a fait ? Pourquoi Tom Waits a composé telle ou telle chose ? Que je le comprenne ou pas je leur laisse le bénéfice du doute parce qu’ils savent ce qu’ils font. C’est leur job. Il faut laisser les artistes faire leur job. C’est pour ça que je ne lis jamais ce qui est écrit sur nous. Les gens se font souvent des idées étranges sur la façon dont ça fonctionne la vie de musicien, comment on compose…Cela correspond rarement à la réalité… En tout cas cela ne correspond pas à ma réalité. S’ils me suivaient au quotidien, ils seraient surpris… C’est bizarre.

Cette année, vous n’avez sorti qu’un album. Ce n’est pas assez pour les Melvins…

Bon on a quand même sorti le double album l’an dernier, A Love With Love And Death, on vient de sortir Pinkus Abortion Technician, il y a aussi un truc que l’on a fait avec le gars de Sleep, 2 morceaux, qui va sortir. On a fait un film dont A Walk With Love And Death est juste la bande son. On a sorti plein de trucs ces deniers temps.

Comme d’habitude, non ? Vous sortez toujours plein de trucs !

On aime essayer de nouvelles choses et voir s’il n’y a pas de nouveaux trucs que l’on pourrait faire. Bon cela reste de la musique. Cela n’a pas une importance capitale. Le monde ne va pas s’arrêter à cause de la musique. Tu sais l’Art n’est que de l’Art. L’Art est un bonus dans la vie. Cela t’aide. C’est quelque chose qui t’apporte du plaisir. Et moi c’est mon boulot. C’est ce que je fais dans la vie.

Tu as mentionné votre double album A Walk With Love And Death. Tu peux nous en dire plus ?

Avec un autre gars on a fait ce film, A Walk With Love And Death. Il dure 33 minutes. En fait on a d’abord écrit la bande son puis on a fait le film. On refera sûrement quelque chose comme ça. Et le résultat est super. Plutôt étrange. Il y a des gens qui vont le montrer ici et là. Et l’autre cd est davantage un album normal. Les gens ont été surpris que l’on sorte les 2 ensemble sous forme de double album car les 2 étaient assez opposés. Mais c’est pour cela qu’on l’a fait. On a pensé que c’était une bonne idée. Une BO avec un album normal qui sortent ensemble : je n’avais jamais entendu parler de quelqu’un qui avait déjà fait ça alors il fallait qu’on le fasse… (NDR : Buzz se met de nouveau à rire). Si j’avais vu un groupe faire ça j’aurais pensé que c’était cool, une super idée. Alors on l’a fait. Mais les réactions sont toujours étranges. Si tu reprends les chroniques de Stoner Witch de l’époque, elles n’étaient pas très bonnes. On ne peut pas dire que le monde entier ait apprécié Stoner Witch…C’est ce dont je me souviens. On a quand même fait des concerts : on a ouvert pour pas mal d’autres groupes et le public se fichait pas mal de nous… J’ai forcément un point de vue différent sur les choses : je les ai vécues… Il n’y a jamais eu d’âge d’or pour nous.

Même quand vous étiez sur Atlantic ?

Les critiques n’ont pas particulièrement aimé ces albums et le public ne nous pas forcément accueilli de façon très chaleureuse durant cette période. Les critiques sont bien meilleures maintenant. C’était une époque différente. On était un groupe bizarre. On ne faisait pas de la musique facile à écouter. Et les réactions actuelles sont finalement les mêmes qu’à l’époque… On est habitués.

Vous avez fait combien d’albums pour Atlantic ?

Trois : Houdini, Stoner Witch et Stag. En 4 ans si je me souviens bien. J’aime bien ces albums. Atlantic ne nous a pas emmerdé. On a fait ce que l’on a voulu. Sinon on ne l’aurait pas fait. Ils n’étaient pas obligés de sortir les albums mais par contre ils étaient obligés de nous donner l’argent correspondant à ces 3 albums…Cela ne représentait pas énormément d’argent mais assez pour vivre toute l’année sans pression et travailler sur les albums. Je les aime bien. Peut-être que je ferais les choses un peu différemment maintenant parce que j’en sais désormais un peu plus sur comment faire un album mais je les aime bien. Il faut dire que cela fait 22 ans que Stoner Witch est sorti…

Même plus. L’album est sorti en 1994, non ?

Oui, tu as raison. 24 ans alors… Il y a des critiques qui écrivent sur notre musique qui devait avoir 4 ou 5 ans quand Stoner Witch est sorti (Il rit de nouveau). J’ai une expérience forcément différente. J’ai 54 ans maintenant.

Justement, que peux-tu nous dire sur Stoner Witch? Qu’est-ce qui te revient à l’esprit quand tu y repenses ?

J’avais quelques idées pour l’album. Quelque chose comme 25 ou 30 ébauches de morceaux. La plupart n’apparaissent pas sur l’album mais sont sortis sur d’autres albums. Je n’allais pas les jeter. Quand on fait un album je ne me dis pas « allez je vais écrire 8 morceaux pour cet album ». Ca ne marche pas comme ça. J’ai toujours écrit plein de trucs. Et beaucoup ne deviennent pas des morceaux. Et parfois je les reprends et parviens à les finir ou à les améliorer. Parfois je suis vraiment surpris de réécouter un vieux truc et de le trouver vraiment bon. Alors je le retravaille. Mais dans 90% des cas cela n’aboutit à rien.

Quand tu l’as composé est-ce que tu as senti d’emblée que Revolve deviendrait le « hit » des Melvins ?

Non. (il réfléchit). Non. Il sonne comme les autres morceaux de l’album pour moi. Ce n’est pas mon préféré. Mon préféré est probablement Queen. J’aime aussi beaucoup Bar-x-the rocking M. Ah non il est sur Stag celui-là… J’aime bien Roadbull aussi. Ce sont mes 2 préférés.

Pourquoi ?

Parce que je trouve qu’ils étaient intelligents. Et que l’on a réussi à assembler quelques bonnes idées pour en faire des morceaux. Je trouve qu’ils fonctionnent bien. Je suis un fan de Captain Beefheart, j’aime leur mentalité. C’est ce que j’essaie de faire aussi. Aller à plein d’endroits différents dans le même morceau, sortir du côté symétrique habituel des morceaux, cela m’amuse. J’apprécie quand des groupes le font et j’essaie de le faire aussi. Des groupes de 4 et de 8 : j’entends pas la musique comme ça. Je ne sais pas lire la musique. Je ne sais pas mesurer la musique. J’ai une façon bizarre de faire tout ça. Dale arrive très bien à interpréter et à comprendre ce que je fais. Mais en général cela fonctionne plutôt bien… Mais on a utilisé plein de façons différentes de faire des morceaux et de les enregistrer.

Il n’y a pas qu’une façon de faire…

C’est clair. Et ensuite quand un album est terminé, je ne réécoute le master que longtemps après et ensuite je passe à autre chose. Je laisse l’album au monde. Il appartient ensuite à quelqu’un d’autre.

C’est comme s’il ne t’appartenait plus ?

Oui mais c’est ok. Car entre temps je suis passé à autre chose. D’ailleurs, je ne me souviens plus de l’ordre des morceaux sur nos albums. Je me souviens juste des morceaux. Pour A Walk With Love And Death, on a fini l’enregistrement longtemps avant qu’il ne sorte. Du coup, quand il est sorti j’étais déjà passé à autre chose. Je ne prends pas beaucoup de plaisir à réécouter mes morceaux non plus d’ailleurs. Mais ça c’est assez habituel chez les musiciens, je crois. Parfois je le fais par curiosité mais je réécoute rarement nos anciens morceaux. Après, les morceaux ne nous appartiennent plus et ce que les gens en pensent ne m’intéresse pas beaucoup…Je ne peux pas y faire grand chose de toutes façons. Tu vois ce que je veux dire. Ils ont leur opinion et c’est leur opinion. C’est pas mon problème. Même chose pour les critiques. Parfois je lis des critiques de nos albums et le mec essaie de décrire ce que l’on a voulu faire et souvent je me dis « euh non ce n’est pas ce que l’on a voulu faire »…Bien sûr parfois je me dis que tel solo de guitare aurait pu être différent ou que telle ligne de chant aurait pu être améliorée mais en général les critiques ne pointent pas cela du doigt mais d’autres trucs qui ne sont pas pertinents. Il est difficile, de l’extérieur, pour les gens de comprendre ce que l’on a voulu faire.

On disait que tu n’arrêtes pas d’écrire des morceaux et pourtant tu n’as sorti un album solo (NDR : This Machine Kills Artists, sur Ipecac) que très tardivement, il y a 4 ans. Comment ça se fait ?

Je ne sais pas vraiment. On a été très occupé. Je n’avais pas encore eu le temps pour ça. Mais je vais probablement en faire un nouveau bientôt. Une tournée je ne sais pas par contre.

Tu as déjà quelques morceaux qui sont prêts ?

Oui, il y a déjà quelques morceaux enregistrés même. Et j’ai une très bonne idée pour l’album. Mais je ne peux pas encore t’en parler. Mais c’est une idée bizarre.

Comme d’habitude… (Rires)

C’est une bonne idée. C’est un truc que personne na jamais fait, à ma connaissance. Du coup, j’ai vraiment envie de le faire. Ce sera cool. Je trouve cela excitant de faire ce genre de choses. Des trucs qui n’ont jamais été faits auparavant.

Et la tournée solo, comment ça s’était passé ? Cela a dû te faire bizarre de ne pas avoir Dale derrière toi, non ?

C’était super. Je veux refaire ça. Mais sinon oui c’est vrai que ce n’est pas évident de ne pas avoir les mecs de ton groupe derrière toi, surtout qu’en ce moment, avec Jeff, Steven et Dale j’ai la chance de jouer avec des supers musiciens. Je me sens honoré et chanceux de les avoir dans le groupe avec moi. Le bassiste des Butthole Surfers et le bassiste de Redd Kross : jouer avec eux est comme un rêve qui devient réalité pour moi. C’est un truc que je n’aurais pas pu imaginer. Si on m’avait dit en 1985 que je jouerais un jour avec eux, je ne l’aurais pas cru tu sais. C’est trop bizarre. Trop bizarre, vraiment. C’est quelque chose d »énorme pour moi. Et j’apprécie vraiment ce qui nous arrive en ce moment.

En tout cas tu ne gardes que des souvenirs positifs de cette tournée solo visiblement.

Carrément. C’était cool d’être là tout seul et de réussir à ce que cela fonctionne. Personne derrière toi. J’ai fait une centaine de concerts lors de cette tournée solo. Je me suis prouvé que je pouvais le faire et je le referai.

C’est vrai que c’est un sacré challenge.

C’est clair. Tu n’as pas de filet. Tu es tout seul pour tout faire. Mais ça s’est bien passé. Je me suis bien amusé.

J’aime bien le terme que tu utilises pour décrire ta musique solo : du « molk »…

Oui, du metal folk. J’ai beaucoup regardé ce que les mecs qui jouent solo font et cela ne m’intéressait pas. Le plus souvent, ils proposent une sorte de version maladroite de Kris Kristofersson. Je sais ce que je voulais : jouer quelque chose de différent. Pas une sorte de Bob Dylan… Ce que je fais est plus primitif. Cela me parle plus. Je me fiche que ce soit bien joué, avec une guitare acoustique et tout le tintouin… Je me fiche de tout ça. Ça ne peut pas le faire pour moi. Tom Waits (il réfléchit)… J’avais lu une critique de son album Big Time. Euh non c’était un album live sorti en même temps qu’un dvd et le mec critiquait sa technique de piano et sa façon de jouer de la guitare. C’est juste fou. Tu plaisantes mec ou quoi ? Tom Waits. Même avec des graphiques et des courbes, le mec n’aurait rien compris de toutes façons.

On n’a pas encore parlé de Cristal Fairy. J’étais vraiment déçu que la tournée après la sortie de l’album soit annulée. Vous avez prévu de la refaire plus tard?

Ouais c’est chiant. L’album est vraiment bon mais je doute que cela se fasse.

C’est dur de trouver des dates disponibles pour tout le monde (NDR : les 2 autres membres du groupe, avec Dale Crover et Buzz Osborne, ne sont autres que Teri Bender Gender et Omar Rodriguez et jouent respectivement dans Le Butcherettes et At The Drive-In) ?

Non, c’est pas ça (NDR : Buzz semble un peu gêné et réfléchit). Cela ne vient pas de moi. C’est le mari et la femme.

C’est vrai que Teri joue dans Le Butcherettes et Omar est pas mal occupé avec At The Drive-In depuis qu’ils se sont reformés…

(Il me coupe) Non c’est des conneries (« bullshit » en vo) tout ça…

Tu ne veux pas en parler, c’est ça ?

Non pas pour le moment…

Ok, en tout cas c’est dommage car l’album était vraiment bon.

C’est clair. Je pense que c’est une grosse erreur que cela ne soit pas allé plus loin mais bon c’est leur choix.

J’avais entendu dire que c’était à cause de l’un des membres qui était malade…

Non c’est juste des conneries. C’est complètement faux.

C’était en tout cas intéressant d’entendre les Melvins avec un chant féminin…

Ouais Teri est super sur l’album. Et les morceaux rendent vraiment bien. J’aime tout sur cet album.

Mais il n’y en aura probablement pas d’autres si je comprends bien ?

J’en doute fortement. Mais ils pourraient t’expliquer ça mieux que moi. Ce n’est pas ce que je voulais en tout cas.

Ok. Parlons un peu du dernier album, Pinkus Abortion Technician. Pour une fois tu n’as pas eu trop de boulot car si je me souviens bien Jeff a composé 4 morceaux, il y a aussi des reprises…

C’est un super album. Cela ne ressemble à rien de ce que l’on a fait avant. C’était cool que Jeff arrive avec ce matériel déjà écrit. Ça me va bien. Bon il a quand même fallu l’enregistrer et j’ai aussi écrit des paroles et arrangé des parties de chant et d’autres petits trucs… Mais c’est vrai que la grande majorité de ce qui se trouve sur l’album n’a pas été composé par moi. J’en ai composé des centaines et des centaines, cela me va…

Comment l’idée de l’album est apparue ?

On était en train d’enregistrer des trucs pour l’album A Walk With Love And Death et on allait ensuite enregistrer des trucs avec Jeff et Steven était là. Du coup, on s’est dit qu’il fallait que l’on fasse un truc tous les 4. Et c’était parti… Ils étaient tous les 2 là : il fallait en profiter.

Les choses paraissent toujours très simples avec les Melvins…

C’est vrai. On est pragmatiques de ce point de vue là. Je n’aime pas trop faire des plans sur la comète et trop réfléchir. Quand tu intellectualises trop les choses, tu les tues dans l’œuf, je trouve. Je n’aime pas ça. C’est comme de trop répéter les morceaux.

Tu penses que cette nouvelle incarnation des Melvins avec Jeff et Steven va durer…

(il me coupe) J’espère.

…ou cela reste l’une des incarnations possibles des Melvins ?

Je ne sais pas. Mais c’est super. Et tant que cela fonctionne aussi bien, on continuera à jouer ensemble. Mais je ne pense pas à la fin de notre collaboration. Ce n’est juste pas dans mon caractère. Je ne me projette pas sur ce genre de choses. Il n’y a pas de plans mais l’envie est là.

Vous avez déjà fait la tournée américaine avec Steven et Jeff, c’est ça.

Oui c’est ça. Plus de 90 concerts. L’Amérique est un grand pays. Il y a pas mal d’endroits où jouer. On fait cette tournée européenne et l’année prochaine on va en Australie et au Japon avec eux. Et on reviendra probablement ici l’été prochain. On est impatients pour tout ça.

Il y a vraiment quelque chose qui se passe entre vous alors…

Oui, c’est super. Tu vas voir ça avec le concert. Ce sont de supers musiciens, différents l’un de l’autre. Ce sera un très bon concert tu verras. Les gens vont s’amuser.

Il y a une reprise des Beatles sur le nouvel album…

Avant de former ZZ Top, Billy Gibbons avait fait une reprise de ce morceau avec son groupe de l’époque, assez similaire à ce que l’on a fait. On a toujours aimé leur façon de reprendre ce morceau. Du coup, on s’en est inspirés.

Pour Tres Cabrones, vous avez demandé à Mike Dillard (qui faisait partie du line up originel) de venir enregistrer avec vous. Vous saviez que ce ne serait que pour cet album ou vous espériez qu’il rejoindrait de nouveau le groupe pour de bon ?

Ah tu sais il a une famille, un boulot… Il n’a vraiment pas de temps pour ça. On a même de la chance qu’il ait pu faire cet album.

Vous vous doutiez qu’il ne continuerait pas avec vous après alors…

On ne sait jamais ce que le futur te réserve, tu sais. Mais on se dit que c’est déjà cool d’avoir enregistré Tres Cabrones ensemble. Je l’aime bien cet album, en plus. On s’est bien amusés à le faire. Si on a l’opportunité on le refera, c’est sûr.

L’idée venait de qui au départ?

C’est moi qui ai eu l’idée. En fait, on a commencé à jouer un peu ensemble des morceaux datant de 1983 avec Dale à la basse et on s’est dit que ce serait cool d’écrire de nouveaux morceaux. Et c’est ce que l’on a fait. J’ai commencé à réfléchir à des morceaux que l’on pourrait jouer avec cette incarnation des Melvins, j’ai ajouté quelques idées bizarres et voilà. On s’est bien amusés à le faire.

En tout cas ça doit être dur maintenant de choisir quels morceaux vous allez jouer en concert…

Oui, c’est très difficile. Par contre, il y a des trucs dont on sait qu’on ne les jouera jamais en live. Mais on pioche dans toute notre discographie. Sur cette tournée, on joue un morceau qui date même de notre premier album.

De Gluey Porch Treatment.

C’est ça.

Vous l’avez un peu accéléré par rapport à l’original ou pas ?

Ca fait longtemps que je n’ai pas réécouté l’original alors je ne peux pas dire si c’est plus rapide ou pas. Je ne me souviens plus (il rit)… Ce n’était pas intentionnel en tout cas. De toutes façons les enregistrements et le live sont deux choses différentes. On a tendance à prendre pas mal de liberté quand on est sur scène.

Une dernière question car je pense qu’il faut que tu ailles manger. Que doit posséder un morceau pour qu’il se retrouve sur un album ?

Il doit m’apporter une certaine excitation. Tu sais la musique m’émeut plus que toute autre forme d’art. Je ne ressens rien de plus fort que quand j’écoute de la musique, que ce soit quand je contemple une peinture ou quand je regarde un film. Le cinéma est ce qui se rapproche le plus de ce que je peux ressentir quand j’écoute de la musique. Mais… (il réfléchit). Tu connais les courses d’IndyCar ?

Euh oui…

Eh bien il y a ce mec que j’ai rencontré. Il était pilote d’IndyCar au début des années 70 et il m’a confié que la chose qui lui faisait ressentir la même chose que quand il pilotait en IndyCar c’était la musique. Il m’a dit « la musique est si puissante ». C’est un peu ce que je recherche. Ressentir la même chose que quand tu conduis une voiture d’IndyCar…

 

Merci à David Bronstein et à Lauren Barley pour leur aide.

 

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