LGBT+ Une histoire de luttes de 1890 à nos jours (Idier)

LIVRE. L’Histoire est écrite par les dominants, on le sait bien. Howard Zinn, notamment, en a fait la brillante démonstration dans son Histoire populaire des Etats-Unis d’Amérique. Pas étonnant, du coup, que certains événements ou certaines minorités en soient exclus. Voilà pourquoi, explique Antoine Idier dans l’introduction de LGBT+, il faut « se saisir des archives, et refuser de laisser aux autres le privilège épistémologique d’écrire l’Histoire, [pour] se dresser contre une dépossession ». Dépossession dont les lesbiennes, gays, bis et trans ont souvent été victimes. C’est primordial car un groupe existe par la connaissance de son histoire. En donnant une visibilité aux luttes LGBT+, l’auteur va ainsi donner la possibilité à de jeunes homosexuels, lesbiennes ou trans de voir que beaucoup avant eux ont ressenti ce qu’ils peuvent ressentir et que beaucoup se sont également battus pour faire avancer leurs droits afin de se rapprocher d’une égalité avec les hétérosexuels. Et leur donner la force et le courage de s’accepter, et même, espérons-le, d’affirmer ce qu’ils sont. Voilà l’ambition de cet énorme travail de recherche qui retrace une histoire de ces luttes de 1890 à nos jours. Avec sa documentation particulièrement riche et variée (affiches, photos de manifestations, couvertures de magazines, tracts, arrêtés officiels…) et même parfois rare (comme la couverture d’un numéro de Ah!Nana, journal de bd créé par Les Humanoïdes Associés en 1976) et à travers une vingtaine de textes signés par des invités (chercheurs, penseurs ou activistes), LGBT+ revient, en s’appuyant sur une organisation chronologique, sur les événements forts et les moments marquants de ces luttes : de l’homophobie de la gauche radicale en Mai 68 (qui allait jusqu’à arracher les affiches homos), à la création du FHAR, Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, en 1971 en passant par l’apparition du Sida, le fait qu’il ait fallu attendre 1980 et 1982 pour voir la suppression des 2 articles du code pénal réprimant certains comportements sexuels (comme des « actes impudiques ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de 21 ans »…), l’adoption du mariage pour tous en 2013, la Gay Pride ou Act Up. Difficile, bien sûr, d’être exhaustif mais le livre fait vraiment un tour d’horizon très vaste de l’Histoire LGBT+ et fait écho à des sensibilités différentes du mouvement. Un livre que l’on est content de voir exister. Qui bouscule l’Histoire en donnant une visibilité à ces luttes. Et va peut-être aider le collectif Archives LGBTQI à créer un centre d’archives à Paris. Ce serait une nouvelle étape de franchie car si l’on a avancé sur le chemin de la reconnaissance des alter-sexualités, il reste encore beaucoup de travail à accomplir…

(Editions Textuel)

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