MW (Tezuka)

BD. Michio Yuki a deux visages. Quand il met ses lunettes et va à l’agence, il est un employé de banque modèle, serviable et attentionné, apprécié de ses collègues comme de ses supérieurs. Mais lorsqu’il redevient lui-même, il est tel un démon capable des pires méfaits. Il fait souffrir et tue, sans scrupules ni raisons apparentes, adultes mais aussi enfants. Viole aussi. Son confesseur, l’abbé Garai, est au courant de tout mais ne peut se résoudre à le livrer à la justice. Car depuis 15 ans qu’il le connaît, une relation forte, faite de protection, d’amour mais aussi de culpabilité (il a bien sûr fait vœu de chasteté…) le lie à lui…

Nouvelle livraison pour la collection prestige Tezuka : le second volume de La vie de Bouddha et ce MW. Qui commence comme une sorte de relecture du Docteur Jekyll et Mr Hyde de Stevenson avec le personnage totalement ambivalent de Yuki. Jusqu’à ce que l’on se rende compte que Tezuka nous a bien eus…Car si l’on croit pendant longtemps que la relation étrange entre Yuki et Garai est le thème central du récit, on se rend compte qu’elle n’est en fait qu’un élément secondaire derrière le plan machiavélique de vengeance de Yuki. Dont on apprend, par petites touches, que la démence s’explique par ce qu’il a vécu 15 ans auparavant sur l’île d’Okinomafuné : à la suite d’une fuite d’un gaz particulièrement toxique, le MW, que l’armée d’occupation, c’est-à-dire les américains, stockait et expérimentait là (en vue peut-être de l’utiliser au Vietnam, comme d’autres gaz, le Napalm ou les exfoliants…), tous les habitants (près de 800 personnes) trouvèrent la mort. Si Yuki et Garai, qui se trouvaient alors dans une grotte, survécurent, le cerveau de Yuki fut touché et le gaz entraîna des séquelles psychologiques. L’affaire fut ensuite étouffée par les autorités américaines et japonaises. D’où la soif de vengeance de Yuki qui, au-delà des responsables de ce drame, entend bien, par la suite, punir l’Humanité toute entière…

Un très bon Tezuka qui nous emmène, comme d’habitude, là où on ne l’attend pas, au gré de rebondissements inattendus et de coups de théâtre spectaculaires (souvent permis par les dons de transformistes de Yuki…) et qui voit l’auteur développer des thèmes qui lui sont chers : corruption des élites (le visage, sous le crayon de Tezuka, des ministres, a souvent un côté porcin…) qu’il dénonce une nouvelle fois ici, hypocrisie de la société japonaise (aux mœurs clairement rétrogrades, pour l’auteur, notamment en ce qui concerne l’homosexualité que Tezuka met ici délibérément en avant), le sexe qui amène parfois les gens à être aveugles ou lâches ou encore l’attitude des forces d’occupation américaines que Tezuka critique de façon très virulente, notamment pour leur utilisation d’armes de destruction massive (bombes atomiques à la fin de la guerre ou gaz et autres exfoliants au Vietnam) qui mit l’Humanité en péril. Et dire que MW a paru en 1976…

(Intégrale de 584 pages – Delcourt/Tonkam)


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