BRAVES GENS DU PURGATOIRE (Pelot)

ROMAN. Un nouveau Pierre Pelot qui paraît : on devrait être heureux ! Sauf qu’on ne l’est qu’à moitié car l’auteur a annoncé (et ce n’est malheureusement pas un coup marketing de son éditeur…) que ce serait son dernier roman. Pourquoi ? Eh bien il faut lire Braves gens du Purgatoire (ça, c’est du teasing!) pour le comprendre (même si, pour faire court, on peut simplement dire qu’il en a assez de se battre pour que ses livres existent, assez de jouer le jeu médiatique littéraire qu’il faut jouer pour avoir du succès). Car Pierre Pelot, à travers son alter ego fictionnel Pierre Duhaut (le pseudo que s’est choisi Simon Clavin, l’un des protagonistes de l’histoire, pour écrire), parle aussi de lui. Et c’est ce qui rend ce roman si précieux également . Car quand il y parle (notamment) de création, d’influences (Caldwell, Boyden, Warren, Burke, auteurs américains davantage que français), de la rencontre d’une femme, du métier d’écrivain et de ses obligations (comme participer à des émissions tv ou radio à Paris, à des salons du livre…), de deuil (« Non. Il n’oublie rien : au mieux, quand c’est possible, il pense à autre chose. Et le reste du temps, il écarte, il repousse, selon ce que ça pèse. On se ment. De la qualité d’affinage du mensonge et de sa capacité à fuir juste et vite dépend la survie ») et de fils mort d’une rupture d’anévrisme (« Fauché net, dans sa ville en paix, abattu par un sniper invisible caché dans les nuages »), l’un des passages les plus touchants du livre, il est difficile de ne pas penser, dans ce jeu de miroirs, à Pierre Pelot.

Donc, après avoir envoyé des vosgiens (notamment) dans la Louisiane du XVIIIe siècle dans Debout dans le Tonnerre, Pierre Pelot fait, cette fois, faire le chemin inverse à ses personnages, Kate et Joshua Bansher, venus des States avec la troupe du Wild Wild West de Buffalo Bill pour s’installer dans ces montagnes entre Lorraine, Alsace et Haute-Saône : façon pour l’auteur de symboliquement boucler la boucle. Et Braves gens du Purgatoire raconte leur histoire, à Kate et Joshua, mais aussi à toute leur descendance. Enfants, petits-enfants et petits petits-enfants. Car le roman commence de nos jours par une tragédie : un meurtre et un suicide. Celui de Maxime Bansher, qui s’est pendu après avoir tué sa compagne Anne-Lisa au fusil de chasse. Un acte de folie auquel Lorena, la petite-fille de Maxime et son père Adelin ne peuvent croire. Mais si son grand-père ne s’est pas suicidé, cela signifie que quelqu’un les a tués. Et qui donc alors pouvait en vouloir à ce couple de vieux vivant à l’écart dans leur cabane en bois ? C’est en se plongeant dans l’histoire familiale, dans ses zones d’ombre et les non-dits (concernant la vraie mère d’ Adelin, celle que l’on appelait la « bohémienne » ; l’incendie de l’usine de tissage au moment où Alban Rouy abandonna son poste de directeur sans crier gare pour s’enfuir avec femme et enfant ou l’expédition punitive nocturne menée par les résistants du coin pour « juger » ceux qui avaient collaboré avec un peu trop de zèle avec les allemands pendant la seconde guerre mondiale), que Lorena découvrira la « vérité ». Braves gens du Purgatoire est une véritable saga familiale mâtinée de polar qui a un souffle romanesque incroyable. Une mécanique narrative de précision imparable qui nous prend, très vite, au piège de son engrenage. Une histoire racontée avec ce style si personnel de Pierre Pelot : pas facile d’accès (sa lecture demande clairement un effort) avec son vocabulaire recherché et ses phrases longues, parfois de plus d’une page, descriptions fiévreuses de la nature environnante (du classique Pierre Pelot) ou des états d’âme des protagonistes qui rendent plus vrais que nature lieux et personnages qui finissent par ne plus vous quitter (ils vous accompagnent au travail, lors des repas…)…Un récit qui nous parle, surtout, de la vie. Des surprises qu’elle nous réserve. Des cadeaux qu’elle nous fait avant de nous les reprendre parfois trop vite, des saloperies qu’elle met sur notre route. Belle, de temps à autres, et complexe. Insaisissable, souvent, et cruelle. Un beau et grand dernier roman. Merci monsieur Pelot !

(Récit complet, 512 pages – Editions Héloïse d’Ormesson)

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