SARKOZY KADHAFI Des billets et des bombes (Chavant/collectif)

BD. Des hommes politiques français mouillés jusqu’au cou, des millions d’euros versés en catimini par un régime dictatorial africain, des mensonges en pagaille, des manipulations, des menaces, et certainement pire, pour faire taire les gêneurs, le tout menant à une guerre : on préférerait que ce soit le pitch d’un thriller politique qui va sortir au cinéma. Malheureusement on parle là de faits bel et bien réels : on parle de l’Affaire Sarkozy…

Une affaire longue et complexe sur laquelle 5 journalistes ont enquêté pendant des années. Ces 5 journalistes -Fabrice Arfi, Benoît Collombat (qui avait déjà signé une bd, l’excellent Cher pays de notre enfance, avec Davodeau), Michel Despratx, Elodie Guéguen et Geoffrey Le Guilcher- ont décidé de mettre en commun leurs connaissances et de collaborer à la réalisation de ce livre pour dénouer un à un les fils de cet imbroglio géopolitique et rendre le plus lisible possible (la bd est probablement l’un des médias les plus adaptés pour ça) l’ensemble de l’Affaire.

Et l’on suit donc ce drôle de personnage orange à tête ronde (« une sorte de Jiminy Cricket de l’affaire lybienne », selon les auteurs), qui représente les 5 journalistes, nous guider dans les bureaux, les réunions, à l’ONU, en Lybie, à Paris, bref, au cœur de cette affaire particulièrement grave puisque -rappelons les faits- un ex-président de la république, Nicolas Sarkozy, est accusé (il a été récemment mis en examen pour cela) de s’être vu remettre, via ses collaborateurs, Claude Guéant, notamment (qui est, par la suite, devenu ministre de l’intérieur…) plusieurs valises d’argent (on parle de plusieurs millions d’euros) par le régime lybien pour financer sa campagne présidentielle (gagnée, notamment, face à De Villepin que Chirac soutenait…) ! La contre-partie ? Recevoir, en grandes pompes (on s’en souvient…), Kadhafi pour rendre le dictateur à nouveau fréquentable aux yeux du monde entier. Et aussi collaborer sur un projet de nucléaire civil…Un rapprochement qui ne durera cependant qu’un temps, Kadhafi ne respectant pas sa promesse d’achats d’armes à la France mais surtout car l’ambition politique du dictateur (après avoir lancé, en 2010, le premier satellite africain dans l’espace -ce qui fit perdre 500 millions d’euros par an à l’Europe- Kadhafi voulait aussi créer une devise pour le continent africain -le dinar or- pour remplacer le dollar et le franc CFA, ce qui aurait fait perdre le contrôle monétaire de la France sur 14 pays africains…) devenant bien trop dangereuse pour les affaires françaises…Il fallait donc mettre Kadhafi hors d’état de nuire! D’autant que le « guide » menaçait de divulguer les preuves de son aide financière à Sarkozy…Comment ? En utilisant le vent de liberté qui soufflait en Tunisie pour attiser les braises de la contestation en Lybie, en recherchant des dissidents voulant renverser le régime lybien, en les finançant et en les organisant, en étouffant les tentatives de paix (la commission de l’Union Africaine avait obtenu de Kadhafi qu’il ordonne un cessez le feu et qu’il quitte le pouvoir) et même en manipulant l’opinion public (en faisant croire, par exemple, que Kadhafi avait ordonné de bombarder des manifestants). Le tout menant au vote par l’ONU d’une résolution autorisant le bombardement par la France de la Lybie et à une guerre…

L’exposition des faits est claire et limpide et à chaque fois très documentée (les journalistes ont d’ailleurs ajouté, en annexes, les principaux documents corroborant ce qu’ils avancent) et le dessin, simple et efficace, de Thierry Chavant donne une grande lisibilité à ce formidable travail d’enquête qui laisse le lecteur complètement groggy. Car on n’a pas encore parlé des agents français envoyés en Lybie, après les bombardements, pour faire main basse sur les documents du régime pouvant mettre Sarkozy en danger, de l’étrange rôle joué par Alexandre Djhouri ou Ziad Takieddine, de l’exfiltration de Bashir Saleh (l’ex-grand argentier de Kadhafi) et sa famille, de Lybie, puis de France, par des agents français, pour éviter qu’il ne parle, à Interpol, notamment, ou du corps de Choukri Ghanem (l’ancien ministre du pétrole notait tous les petits secrets du régime dans des carnets) retrouvé mort dans le Danube en 2012…Un ouvrage qui en dit long sur notre démocratie. A lire de toute urgence !

(Récit complet de 240 pages – La Revue dessinée/Delcourt)


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