Pogo pour les éxilés

REPORT. Clermont, 12.01.2019. En ce samedi soir pluvieux, la petite ville de Clermont, dans l’Oise, s’est étonnamment animée. Des voitures venant de la région, mais aussi de Paris, Rouen ou Amiens investissaient le grand parking de la salle André Pommery. Tous étaient venus pour la première édition du Pogo pour les Exilés.

Un concert de soutien dont le but est de réunir les fonds pour l’achat, près de Grande-Synthe, d’une « maison de répit pour les familles d’exilés qui souhaitent aller en Angleterre et qui vivent dans des conditions  inhumaines dans la jungle de Grande-Synthe. »
A l’affiche, venus jouer gratuitement, les groupes Frustration, Magnetix, Casse Gueule, Le Prince Harry, Usé, Mr Marcaille, et Koonda holaa

En gros, une belle affiche, pour une bonne cause. Pas un hasard que le public ait répondu présent, malgré la pluie.
Le lieu est une grande salle des fêtes pouvant bien contenir 700 ou 800 personnes. Une petite scène à gauche, et une grande à droite. Au sol du carrelage, et malheureusement des lumières de services que les pompiers refusent d’éteindre ! Nous passerons donc toute la soirée en pleine lumière, ce qui donnera à cette soirée une ambiance inédite !
Peu importe, on ne va pas se laisser déstabiliser pour si peu. Le temps de retrouver les copains venus d’un peu partout, que déjà Koonda Holaa, un guitariste tchèque à grandes dreadlocks que je découvre, ouvre le bal avec son blues sombre et plus pernicieux qu’il n’y parait (créer à base de boucles qui se superposent). Le public commence à arriver peu à peu… même si la grande salle reste encore très clairsemée.

le Prince Harry

Les choses sérieuses commencent avec Le Prince Harry qui enchaine les festivités sur la grande scène. On plonge alors dans les années 80, le look de Lio, le guitariste, n’y étant pas pour rien. Nouveaux morceaux et grands classiques se mélangent, et les rythmiques endiablés de la boite à rythmes ne tardent pas à entraîner le public dans son premier pogo. Je suis surpris par un morceau à l’intro franchement darkwave dans laquelle le groupe montre quelques talents, mais ce sont bien les rythmiques dansantes de punk synthétique (l’électronique prenant de plus en plus de place) qui font bouger les spectateurs. Malheureusement, comme de plus en plus souvent avec le duo belge, je trouve le son un peu confus, ce que la grandeur de la salle n’arrangera pas.

Mr Marcaille

Pas le temps de se poser, les concerts s’enchainent sans interruption grâce aux deux scènes. C’est maintenant l’énergumène de Mr Marcaille qui vient impressionner les non-initiés avec son show sale et foutraque. Car qui n’a jamais vu Mr Marcaille risque de se demander où il est tombé. L’homme, juste vêtu d’un caleçon, suant, crachant, a de quoi surprendre. Mais ses morceaux punk trash interprétés en solo avec un violoncelle saturé et quelques éléments de batterie est un spectacle à part entière. Fermez les yeux, et vous entendrez un vieux groupe punk trash au grand complet, lançant ses morceaux pied au plancher. C’est sûr, l’effet de surprise de la première rencontre passée, le concert redevient plus classique et un poil répétitif, mais je me plais toujours autant à assister au show sauvage et impressionnant de ce barbu là.

La responsable du projet qui achète la maison

Les organisateurs (salut Franck !) profitent du changement de scène pour faire un petit discours, et nous rappeler avec beaucoup d’émotion, ce pourquoi nous étions réunis ce soir. Nous rappeler la situation difficile là-bas, et l’espoir de cette maison, dont la personne à l’origine du rachat nous parle avec beaucoup de conviction. Classe.

Magnetix

Voilà quelques temps qu’on n’avait pas croisé Magnetix. Et ce soir le groupe va mettre le feu. Placé à chaque bout de la scène (donc assez loin l’un de l’autre), le duo va être le premier à monter d’un cran le niveau sonore. Leur garage-psycho from the grave, entre impro déglinguée, et rythmique minimale, est assez efficace. Moi qui ne rentre pas toujours dans leur set, j’ai enfin ressenti l’influence Cramps / Hasil Adkins, et le danger de l’impro. La batteuse, avec son look sixties, impose une ambiance primitive à ses rythmiques, entrainant le public dans la danse, tandis que lui, petite moustache et béret, essaie d’y insuffler la sauvagerie. Parfois, les dérapages me perdent un peu, et un bon refrain à la Cramps manque, mais tant pis, le duo fait bien le show, et le public apprécie.

Usé

On reste dans l’écurie Born Bad avec Usé, l’ancien Headwar. Là encore une prestation solo. Son passage sur le label parisien n’a pas changé grand-chose à son approche : des morceaux basés sur des rythmiques indus pas si éloignées de son ancien groupe, qui donnent envie de danser comme une prestation techno, le tout entrecoupé de chanson française dont le célèbre « danser un slow avec un flic » pendant lequel les couples se forment dans le public pour une boum improvisée. A chaque fois je pense à Einsturzende Neubauten pour son aspect sauvage et industriel, mais avec cette touche particulièrement dansante. Et je trouve que ça a de la gueule. Malheureusement, contrairement à ses autres projets (Headwar et Les Morts Vont Bien) qui me retournent, la prestation d’Usé devient vite répétitive. Il faut dire que les lumières de la salle toujours allumées n’aident pas à rentrer dans son univers. Pas grave, les fans dansent devant la petite scène comme pour une freeparty indus… et je trouve ça plutôt cool.

Frustration

Seul groupe de la soirée n’étant pas un duo, voire un groupe solo, les parisiens de Frustration montent tranquillement sur scène, sauf Fabrice (chant) qui fera attendre ses collègues pendant quelques minutes en restant introuvable… Une fois le groupe au complet, la machine se met en route. Ce soir Frustration joue sur les terres de Pat, son bassiste, originaire de Clermont. « As they say » ouvre le bal, époque « Relax ». Le public est dans l’ambiance. Puis les titres d’une grande partie de la discographie s’enchainent avec une énergie toujours aussi libératrice. Le son, impeccable, prend clairement de l’ampleur par rapport aux concerts des groupes précédents. De « Midlife Crisis » à « Excess », en passant par « Assassination » ou « uncivilized » les refrains sont repris par le public, qui enchaine les slams périlleux. Au sol, le carrelage est devenu une patinoire de bière, et les danseurs jouent les équilibristes saouls. Fabrice profite de la soirée pour lancer quelques mots au sujet des migrants. Ça fait du bien de voir le groupe prendre clairement position, puisqu’il semble attirer parfois un public plus que douteux. « Empire of Shame » enfonce le clou. Nous aurons la belle surprise de retrouver quelques anciens morceaux qui se faisaient plus rares comme « she’s so tired », « no trouble » ou le très gentil « too many questions ». C’est agréable. Et on ne boudera évidemment pas le plus régulier « Blind » avec lequel Frustration finira son set.
Un très bon concert.

Frustration

Le final, se fera, à même le sol, en comité plus réduit avec les dégénérés de Casse Gueule qui manient un electro-dada-iste dont les sons de claviers analogiques m’impressionnent. C’est énorme. Les machinent forment une sorte de cercle, tandis que son chanteur, le visage peinturluré de blanc, vient au contact du public. Personnellement, je suis vraiment intéressé par leur musique, qui devient de plus en plus dansante, mais j’ai plus de mal avec le chant en français qui me renvoie bizarrement à Katerine. Peu importe, la démarche est particulièrement intéressante, et je laisse les fans et les curieux participer à cette messe étrange pour regarder tout cela de plus loin.

Casse gueule

Une bien belle soirée qui nous redonne un peu de force, malgré l’heure tardive, pour reprendre la route en direction de Paris… sous la pluie.

photos by [mathieu]

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