LA ZAD C’EST PLUS GRAND QUE NOUS (Azuélos/Rochepeau)

BD. Thomas Azuélos et Simon Rochepeau (à qui l’on doit déjà le très bon L’homme aux bras de mer, qui racontait l’histoire d’un pirate somalien) ont décidé de passer quelques semaines à Notre-Dame-Des-Landes pour rencontrer les zadistes et comprendre ce qui les anime. Car si, vu de loin, la Zad de Notre-Dame, fait figure de bel acte de résistance face à Vinci et au capitalisme, sur place, au quotidien, cela a été bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Pour tenir face aux charges régulières des policiers et des tractopelles venant détruire leurs cabanes, bien sûr, mais aussi pour s’entendre et pouvoir s’organiser. Car la Zad était en fait un mélange très hétéroclite. Comme le montre parfaitement ce récit choral qui lève le voile sur l’envers du décor du combat contre l’implantation du fameux aéroport dans la banlieue nantaise. On y trouve Gildas, le paysan qui veut avant tout protéger sa maison et ses terres qui sont sous la menace d’une expropriation ; Zibba qui veille sur la tranchée que les zadistes ont creusé pour empêcher les véhicules des CRS de passer et qui refuse, au grand dam des agriculteurs qui ne peuvent pas passer non plus, de la reboucher une fois qu’ils sont partis ; Maxime qui pense que violence et sabotage sont nécessaires pour faire entendre raison à l’état ; Dionysos, le punk junkie, qui deale devant les fermes et regarde ses camarades bosser tout en avalant des bières ; Yann qui essaie de faire respecter les règles décidées en AG pour que la Zad soit organisée et que tout le monde aille dans le même sens ; les antispécistes qui veulent que les paysans arrêtent d’exploiter les animaux ou Cloé, la petite jeune qui s’est fâchée avec son père pour rejoindre la Zad car elle croit en un monde meilleur…Autant de personnes aux profils et aux philosophies différents mais qui ont dû apprendre à vivre ensemble et à s’écouter (pas si évident que cela, comme le démontre parfaitement la scène de l’AG, mouvementée, pendant laquelle certains font ce qu’ils reprochent à l’état de faire : ignorer, voire mépriser, les pensées contradictoires) pour rester unis dans le combat. Un récit au parfum documentaire très réussi (notamment grâce au travail graphique inspiré d’Azuélos, à la fois juste et personnel, qui alterne judicieusement pages poétiques et contemplatives et scènes très réalistes) qui parvient à relever un défi qui pouvait sembler impossible : raconter le combat quotidien de Notre-Dame-Des-landes de l’intérieur tout en montrant ses forces et ses idéaux (beaucoup étaient aussi là pour construire un monde meilleur) mais aussi ses faiblesses et ses contradictions (comme le sexisme latent chez certains opposants). Très recommandé !

(Récit complet, 208 pages – Futuropolis)


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