ROBINSONS, PERE ET FILS (Tronchet)

BD. Un jour, Didier Tronchet, en voyant des photos envoyées par un ami, a eu une envie d’île. Le désir de se confronter à ce vieux fantasme : vivre sur une île isolée et rustique, sans internet, sans Smartphone et même sans électricité. Mais ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il allait emmener avec lui 2 bombes à retardement : son fils Antoine, 13 ans, en pleine crise d’adolescence et son cerveau…

Et l’auteur a décidé de raconter cette expérience de 6 mois passés sur l’île aux Nattes, au large de Madagascar, dans une bd (ainsi que dans un roman paru aux éditions Elytis). Au travers de petites saynètes placées sous le signe de l’humour, Tronchet met donc en scène sa confrontation avec cette culture si différente de la sienne (comme cette étonnante tradition, Le retournement des vivants : 5 ans après la mort d’un proche, les malgaches viennent nettoyer ses os et les retourner car il est alors fréquentable, sa colère ayant disparu!), les autochtones, toujours joyeux et souriants et ses rencontres avec la flore et la faune locale (les crabes de terre ou le scolopendre et sa morsure douloureuse). Il parle également de ses préjugés d’européen (en dessinant son double colon à ses côtés) et des questionnements qui l’ont assailli lors du temps passé sur l’île. Car sur une petite île, il n’y a rien à faire. Alors le cerveau n’est plus occupé à penser boulot, impôts, maison ou que sais-je encore…Il a du coup tout son temps pour cogiter, se faire des idées, imaginer des choses (par exemple qu’Antoine va mourir quand il tombe malade, atteint de paludisme), analyser… Notamment sa relation avec son fils. Que Tronchet aimerait idyllique. Car il voudrait être un papa parfait pour Antoine. Voilà pourquoi il est toujours aux petits soins pour lui, essaie d’être drôle et se montre toujours disponible. Mais, en fin de compte, pourquoi est-il si présent dans la vie d’Antoine ? N’essaie-t-il pas de guérir ses propres blessures personnelles grâce à lui ?

Agrémenté de pages extraites du journal dessiné d’Antoine sur l’île et de dessins pleine page de Tronchet représentant des scènes de vie locale, Robinsons, père et fils est un carnet de voyage bien sympa. Et sous son apparente légèreté (le ton, dont on a déjà parlé et le dessin plein d’auto-dérision de Tronchet, tirent le récit dans ce sens), le récit questionne aussi, et parfois avec pertinence, la relation père/fils.

(Récit complet, 120 pages – Delcourt)

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