MECANIQUES DU FOUET Vies de Sainte Eugénie (Dabitch/Gonzalez)

BD. Un jour, Christophe Dabitch entend parler d’Eugénie Guillou dans une émission de radio : née en 1861, elle fût nonne dans un couvent pendant près de 10 ans avant de tenir une maison close où elle proposait des mises en scène à ses clients bourgeois qui venaient se faire fouetter ou fouetter. Cela l’intrigue, bien sûr, cette existence peu commune. Mais il ne décide pourtant pas tout de suite d’approfondir le sujet. Cela prendra quelques mois. Peut-être le scénariste pressentait-il que ce ne serait pas si simple de comprendre Eugénie Guillou et de raconter sa vie…Car effectivement, une fois la décision prise d’en faire un livre, Eugénie Guillou résiste. Elle veut bien que Dabitch raconte sa vie mais à condition qu’il ne fasse pas comme les autres : mère supérieure qui l’expulsa du couvent au moment de sa confirmation sous prétexte qu’elle n’avait pas la vocation religieuse, flics qui ne comprenaient pas que grâce à elle, ses clients étaient eux-mêmes, vrais, le temps de quelques minutes, état qui faisait la chasse aux prostituées et aux tenancières de maisons closes sans voir qu’elles offraient une soupape de sécurité. S’il veut plonger dans sa vie, il doit tout raconter, y compris son désir d’amour…

Ne vous inquiétez pas : Dabitch n’est pas devenu subitement fou. Il a simplement eu cette très belle idée d’écriture -son personnage principal qui s’adresse directement à lui dans le récit afin de l’exhorter à la comprendre toute entière- pour montrer la difficulté de l’entreprise dans laquelle il s’est lancé et à quel point Eugénie le hantait alors qu’il était plongé dans les archives la concernant et qu’il se rendait sur les lieux où elle était passée. Cela donne cette forme narrative particulièrement singulière, très postmoderne, qui déroule son récit tout en nous montrant l’auteur en train de l’écrire aux prises avec ses doutes et les difficultés rencontrées. Que Jorge Gonzalez met en images de façon toute aussi inventive et originale : un travail graphique mêlant crayons et peinture pour s’approcher au plus près d’Eugénie Guillou et de son époque. Par des scènes figuratives mais aussi, parfois, par des formes plus abstraites, corps enchevêtrés, visages tout juste esquissés. Un récit résolument différent qui intrigue et captive.

(Roman graphique complet, 270 pages – Futuropolis)

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