PASTORALE (Ollikainen)

ROMAN. C’est l’été dans le nord finlandais. Reino est revenu de Suède pour enterrer son frère auprès de son père et a demandé à Vilho de lui prêter la pièce du sauna pour y dormir quelques jours. Tous les matins, quand il se réveille, il regarde, de l’autre côté du lac, la maison de son enfance dans laquelle Aatu et sa femme Elina sont venus s’installer avec leur fils Kaius pour fuir la grande ville. Il y a aussi Sirkka, la femme de Vilho, qui a perdu la tête mais ne le sait pas. Leena, la fille de Vilho, et son mari Esko qui vivent avec lui. Et Meri la petite-fille venue pour les vacances. Chacun semble vaquer tranquillement à ses occupations estivales, la pêche ou le sauna pour Vilho et sa femme, le flirt pour Meri et Kaius, les moutons pour Aatu, bercés par le chant des pouillots fitis. Mais 2 corbeaux (« noirs comme la mort ») perchés sur leur arbre guettent ce qui se passe sur ce petit théâtre d’hommes et un loup a été aperçu dans les environs. Voilà qui n’annonce rien de bon…

Pastorale, contrairement à ce que ce résumé peut faire penser, n’est pas un thriller. Ou alors c’est le thriller de la vie…Avec Kronos, un brochet de 10 kilos, qui règne sur les eaux du lac jouxtant les maisons. Et ce n’est pas un hasard s’il porte le nom du Dieu du temps dans la mythologie grecque. Car sur la terre ferme, c’est la même chose : les hommes subissent la dictature du temps. Et si Kaius et Meri, dans l’euphorie de la découverte de l’Amour, se sentent éternels, sa mère n’a, de son côté, plus ressenti de désir pour son père depuis sa naissance, Sirkka, atteinte de la maladie d’Alzheimer ne sait plus qui elle est et son mari Vilho n’a plus que ses souvenirs auxquels s’accrocher. 3 générations pour symboliser les 3 âges de la vie et nous montrer le temps qui passe. Vite, très vite. Car ainsi va la vie : les loups seront toujours attirés par les brebis, les corbeaux, en bons charognards, guettent ce qui se passe en bas, et les Hommes feignent de croire à l’Amour pour se donner l’illusion que la vie peut être belle. On connaît la chanson, c’est vrai, mais comme pour les reprises, Aki Ollikainen nous en donne sa propre version, poésie cruelle truffée de références à la mythologie (à Kronos, il faut par exemple ajouter Pan, nom donné à l’agneau sourd d’Aatu) et rythmée par la nature finlandaise : les brochets, tapis entre les joncs, prêts à jaillir sur leur proie, les vipères qui se réchauffent sur les rochers, au soleil et les lupins qui gagnent de plus en plus de terrain. C’est beau et brutal à la fois. Et c’est en tout cas une voie singulière dans la littérature actuelle.

(Récit complet, 144 pages – Héloise d’Ormesson)

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