ALDOBRANDO (Critone/Gipi)

BD. Confié très jeune à un vieux sorcier par son père se sachant condamné (il devait descendre combattre dans la « fosse », là où la justice est rendue dans ce royaume), Aldobrando n’a quasiment connu que son maître et sa maison depuis. Sentant qu’il est temps pour lui de découvrir le monde afin de devenir un homme, le sorcier trouve un subterfuge (il l’envoie à la recherche de « l’herbe du loup » -qui n’existe pas…- pour soigner une vilaine blessure à l’œil) pour lui faire quitter la maison. Le candide et innocent Aldobrando va alors être confronté au monde extérieur. Et cela va être brutal…

L’annonce de cette collaboration entre l’excellent Gipi et Critone (dont on avait bien aimé le dessin sur le 77 missionnaires– qu’il avait mis en images) par Casterman nous avait mis en appétit de lecture, notamment parce que c’était c’est la première fois que Gipi confiait un scénario à quelqu’un d’autre… Et autant le dire tout de suite, on n’a pas été déçus, le duo livrant avec Aldobrando un récit particulièrement inspiré. Qui surprend de prime abord puisqu’il aborde un univers nouveau pour Gipi, une sorte de Moyen-Age revisité, dans lequel on retrouve, par contre, les thèmes de prédilection de l’italien et notamment la découverte de la vie et des autres hommes par un adolescent. Car Aldobrando est bien un récit initiatique dans lequel on suit la confrontation de son héros éponyme avec le monde et ses différentes découvertes. Du mensonge et de la duperie des autres (dont les actions sont le plus souvent calculées pour pouvoir en tirer ensuite bénéfice), de l’injustice (innocent, il est pourtant mis en prison et bientôt condamné à mort) mais aussi de choses plus positives comme l’amitié ou l’Amour, à travers, notamment…, le couple, surprenant et inattendu (car l’homme apparaît d’abord dans le récit comme un véritable ogre sanguinaire qui tue à tour de bras), Viola/Beniamino qui se réunit de nouveau, un peu grâce à lui d’ailleurs, sous ses yeux. Un choc, bien entendu, pour Aldobrando qui n’a encore rien vécu…

Un récit mené de main de maître par les 2 hommes, Gipi se trouvant ici au sommet de son art narratif, alliant scénario vraiment inspiré (il est à la fois drôle, touchant et poétique) et construction narrative parfaitement maîtrisée et Critone livrant un travail graphique superbe, très immersif, avec un trait juste, très évocateur, rehaussé d’aquarelles. Gros coup de cœur que cet Aldobrando qui fait déjà figure de favori pour le titre de meilleur livre de l’année. Si si.

(Récit complet, 200 pages – Casterman)

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