LA FLAMME (Gonzalez)

BD. 1904, Buenos Aires. Artola, le sourd et quelques autres se réunissent pour faire le point : il ont presque réuni assez d’argent pour construire le terrain de foot du Racing d’Avellaneda. Le vétérinaire les rejoint, un peu en retard, car le voisin Antonio est venu le chercher pour aider sa femme à accoucher. « Un rouquin ». Que l’on surnommera « la flamme », quelques années plus tard, quand il foulera ce même terrain et deviendra l’un des meilleurs footballeurs argentins, même si son père venait régulièrement le chercher sur le terrain, gamin, pour qu’il aille étudier. La flamme, c’est le grand-père de l’auteur, Jorge Gonzalez…

Devenir père change irrémédiablement la vie. Qu’on le veuille ou non, on devient responsables des enfants que l’on a mis au monde. Et on se pose forcément des questions sur la trace que l’on laisse sur eux, sur ce qu’on leur transmet, volontairement ou non, à travers notre façon de les élever. Jorge Gonzalez se les est posées ces questions quand ses enfants, Matéo et Léo, sont venus au monde. D’autant qu’en plus, lui s’est séparé de sa première femme et qu’il a quitté le pays de sa famille, l’Argentine, pour aller en Espagne vivre de sa vocation, le dessin. Sauf que pour y répondre, lui a réalisé un livre. La Flamme. Du surnom de son grand-père. Pour comprendre, et faire comprendre à ses 2 garçons, quand ils seront plus grands, d’où ils viennent. Pourquoi le foot est si important dans la famille, pourquoi lui est (peut-être) devenu dessinateur…

Un récit autobiographique dans lequel l’auteur réfléchit donc aux origines, à la transmission, à la mémoire familiale, à la vocation, aux gênes, aux passions, angoisses, ou pathologies qui passent parfois d’un grand-père au petit-fils en sautant une génération. Et il nous parle de football, de son importance sociale en Argentine. Il le fait, comme à son habitude, en proposant une narration graphique très originale, quasiment expérimentale par moments. En utilisant un découpage lent, la plupart du temps muet, qui prend le temps de suivre ses personnages au plus près de ce qu’ils vivent. Et un dessin très personnel et singulier qui mêle spontanéité et virtuosité, trait au crayon et gouaches, planches « classiques » organisées en cases et dessins double pages montrant la mer ou un terrain de foot, pour un résultat étonnant : un récit contemplatif et poétique qui montre plus qu’il ne dit et laisse beaucoup de place au lecteur pour s’approprier cette histoire et son questionnement universel même si elle parle de la famille de Gonzalez. Clairement l’un des auteurs les plus singuliers et intéressants de la BD actuelle !

(Récit complet, 304 pages – Aire libre)

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