ILS ONT TUE LEO FRANK (Bétaucourt/Perret)

BD. 17 août 1915, 21 heures, Milledgville, Géorgie. Un groupe d’hommes surexcités, le visage caché, fait irruption dans la prison. Armés de pistolets, ils obligent les gardiens à leur ouvrir la cellule de Leo Frank. Une poignée d’heures plus tard, celui-ci sera pendu dans un bois, à quelques kilomètres de Marietta. Quelques semaines plus tôt, convaincu de son innocence, le gouverneur de l’état, Slaton, avait décidé de gracier l’homme condamné pour le viol et le meurtre de la petite Mary, l’une de ses employés, 2 ans plus tôt, face aux nombreuses incohérences des témoignages et à la campagne antisémite haineuse menée par certains journaux tout au long du procès. Car Leo Frank était juif…

Le procès Leo Frank, c’est un peu l’affaire Dreyfus des américains. Un scandale qui en dit long sur le fonctionnement de la justice, les stéréotypes véhiculés sur les juifs ou le rôle nauséabond joué par les journaux (qui ne reculèrent devant rien, même les titres les plus racistes ou antisémites, pour vendre plus…) à l’époque. Xavier Bétaucourt et Olivier Perret reviennent sur cette histoire en la faisant raconter par son témoin le plus direct : Alonzo Mann, qui vit le véritable coupable, John Conley, transporter le corps de la petite Mary mais n’en dit jamais rien de peur de désobéir à sa mère (il n’était qu’un gamin au moment des faits) ou qu’on s’en prenne à sa famille. Ce n’est qu’à la veille de sa mort qu’il se décida enfin à parler à des journalistes pour soulager sa conscience.

Parvenir à traiter tous les tenants et aboutissants (et il y en a beaucoup : le procès, très long ; le rôle joué par le procureur Dorsey ; les différents appels effectués par les avocats de Frank ; le contexte très antisémite dans le sud à l’époque ; le jeu dangereux joué par la presse pour vendre ; la culture du lynchage dans le sud…) de l’Affaire était une vraie gageure ! Pourtant, les auteurs ont relevé le défi avec efficacité et inspiration pour nous faire revivre les faits, effarants !, comme si on y était. Ils n’oublient pas, cerise graphique sur le gâteau, d’ajouter un épilogue qui fait le lien avec notre présent pour que l’on comprenne pourquoi ils ont voulu revenir sur cette histoire édifiante que l’on pourrait croire, a priori, d’un autre temps…

(Récit complet, 112 pages – Steinkis)

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