LE CHANTEUR PERDU (Tronchet)

BD. Qu’est-ce qui a bien pu amener Jean à Morlaix, au pied du viaduc ? Lui-même ne le sait pas vraiment…Ce qu’il sait, c’est qu’il a fait un burn-out (a priori plutôt cocasse pour un bibliothécaire d’arrondissement mais en fait Jean n’en pouvait plus de ces piles de livres à ranger, de ces innombrables CDs qui ne cessaient d’arriver et qu’il fallait répertorier) et que le docteur l’a arrêté 1 mois. Il commence par faire le vide autour de lui (il donne télé, livres…) et par vivre au rythme de son chat…Puis il a une lueur quand il tombe sur une cassette oubliée de Rémy Bé, un chansonnier des années 70 complètement tombé dans l’oubli qu’il n’avait cessé d’écouter pendant 20 ou 30 ans : il va partir à sa recherche, ce sera son nouveau départ ! Mais par où commencer ? Par le seul indice qu’il a : la pochette de disque dont la photo a été prise…mais oui, à Morlaix !

Tronchet est surtout connu pour ses BDs d’humour, probablement « à cause » de ses séries Raymond Calbuth ou Jean-Claude Thergal (auxquelles il faut ajouter le moins connu mais pourtant génial Houppeland, pépite d’humour noir). Mais ce serait dommage de le cantonner à ce seul genre car il a aussi écrit des livres et sorti, depuis une dizaine d’années, quelques superbes romans graphiques, notamment chez Aire Libre, comme Là-bas, Ma vie en l’air ou Le peuple des endormis. Auxquels il faut maintenant ajouter Le Chanteur Perdu, dans lequel on retrouve ce registre particulier, entre tragique et comique, dans lequel Tronchet excelle. Un récit qui raconte 2 histoires qui ne cessent de se croiser : celle de Jean qui se replonge dans sa vie et ses souvenirs pour retrouver des indices lui permettant d’avancer dans sa quête improbable tout en se demandant ce qui le pousse à faire cela et celle de Rémy Bé, d’abord insaisissable (le bonhomme semble avoir vécu plusieurs vies…) et romanesque avant de s’avérer décevante car Jean ne trouve finalement pas ce qu’il avait imaginé…Voyage qui l’emmène en tout cas jusque l’île aux nattes (l’endroit vous rappellera quelque chose si vous avez lu Robinsons père et fils, sorti l’an dernier chez Delcourt…), au large de Madagascar et après lequel il ne sera plus le même !

Un très beau récit, sensible et touchant (qui est, en fait, une histoire vraie puisque Tronchet s’est bel et bien lancé en quête de retrouver le chanteur et est allé, comme son alter ego fictionnel Jean, jusque dans l’océan indien pour cela!), qui nous parle, avec talent et humour aussi (il y a, de toutes façons, ce trait comique typique de Tronchet qui allège forcément le propos), du temps qui passe, des surprises que la vie nous réserve ou des idées que l’on se fait parfois sur les gens (nos idoles de jeunesse mais aussi des personnes que l’on croise au quotidien) alors qu’on ne les connaît pas…Et que l’on peut prolonger, là est aussi sa singularité !, sur le site de l’auteur (www.tronchet.com) en écoutant les différents enregistrements du chanteur (qui s’appelle en réalité Jean-Claude Rémy) que Tronchet y a rassemblés ou en lisant la version romanesque du Chanteur Perdu qui s’intitule La Chanson Fantôme…Gros coup de cœur !

(Récit complet, 168 pages – Aire Libre)

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