L’ECUME DES JOURS (Morvan/Mousse, d’après Boris Vian)

BD. Une fortune qui lui évite de « se rabaisser à travailler pour gagner sa vie », un cuisinier à son service, un brin hautain mais doué, qui lui prépare de bons petits plats, un ami, Chick, qu’il aide comme il peut pour qu’il puisse épouser son Elise, un bel appartement dans lequel il peut mettre au point les inventions qui lui tiennent à cœur, comme son pianocktail qui prépare des cocktails différents suivant les airs que l’on joue dessus : Colin a tout pour être heureux. Tout sauf l’essentiel : l’Amour ! Qu’il attend depuis si longtemps. Alors quand il rencontre la belle Chloé chez Isis Ponteauzanne, son cœur s’emballe immédiatement et se met à jouer un air de jazz que l’on dirait arrangé par Duke Ellington…

2020 marque le centenaire de la naissance de Boris Vian. Pour l’occasion, Delcourt réédite les adaptations de l’Arrache-Coeur et de L’Ecume des jours en romans graphiques parus il y a quelques années. Si l’on ne garde pas un très grand souvenir du travail de Maxime Péroz et Morvan sur L’Arrache-Coeur (mais cela tient peut-être avant tout au roman lui-même), il en va complètement autrement pour L’Ecume des jours. Pourtant un Ovni littéraire, avec son côté surréaliste omniprésent (le pianocktail dont on a déjà parlé, machine que Vian a réellement mis au point! ; l’appartement qui rétrécit à mesure que Chloé dépérit ; le nénuphar qui grandit dans ses poumons…), absurde, même, par moments, la poésie qui transpire de chaque page, les jeux sur la langue (« passage à tabac de contrebande »…) disséminés dans le récit, particulièrement compliqué à adapter, que ce soit au cinéma (Michel Gondry s’y est essayé en 2013) ou en bande dessinée. Mais Morvan et Marion Mousse parviennent à rendre ici tout ce qui en fait le sel : cette singularité pleine de folie (on a probablement jamais raconté l’amour, la maladie et la mort de cette façon-là…) qui règle son compte, au passage, à la police, à l’église ou au monde du travail et rend hommage à l’œuvre de Jean-Sol Partre. Morvan grâce à une narration aussi fluide que ne le permet le livre (certains passages résistent, du coup, à la compréhension) et Marion Mousse à travers son dessin en noir et blanc influencé ici par l’art naïf et ses mises en page audacieuses (notamment quand les cases disparaissent au profit de dessins pleines pages qui voient les actions des personnages s’imbriquer les unes dans les autres).

Bref, les 2 auteurs rejouent, avec inspiration et fidélité, la partition jazz que Boris Vian avait écrite et réinterprète une nouvelle fois, pour nous, le réel afin de le rendre moins laid.

Récit complet, 170 pages – Delcourt)

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