NUUK (Malø)

ROMAN. Il ne vous aura pas échappé que les auteurs scandinaves ont le vent en poupe ces derniers temps. A tel point que chaque éditeur veut avoir son auteur nordique. A croire qu’il faut venir d’Islande, de Norvège ou encore du Danemark pour écrire de bons thrillers en ce moment…Du coup, Mo Malø, probablement pour se moquer de cette mode (tout en surfant également dessus….) a décidé de se trouver un pseudo à consonance nordique pour sortir ses romans noirs (il signe d’autres ouvrages sous des identités différentes…). Et ça marche puisque Nuuk est déjà son troisième roman et que ses prédécesseurs ont visiblement été bien accueillis. Et pour aller au bout de sa logique, l’écrivain plante ses intrigues au Groenland. Une façon de boucler la boucle d’autant plus intelligente, stratégiquement parlant, que le royaume (qui appartient au Danemark mais possède une certaine autonomie) détient le taux de suicide le plus élevé au monde. Auquel on pourrait ajouter un alcoolisme et une dépendance à la drogue très répandus. Conséquence de la perte de repères des Inuit et du désœuvrement de la nouvelle génération. Bref, l’endroit idéal -l’immensité blanche- pour y planter le décor d’un roman noir. Avec dans le rôle du flic Qaanaaq Adriensen, en poste à Nuuk, la capitale, depuis 2 ans, en quête de ses racines Inuit. Un commandant sous tutelle, en quelque sorte, au début de Nuuk, puisque son supérieur, Jacobsen, ne l’a autorisé à reprendre son poste (lui qui n’arrivait pas à faire le deuil de sa mère adoptive et qui, par son manque de discernement, avait mis en danger ses collègues et même ses propres enfants un an et demi plus tôt) qu’à la condition qu’il soit suivi quotidiennement (afin qu’elle évalue sa capacité à mener à bien sa mission de policier) par une psy, Pia Kilanag, qui vient d’arriver, et qu’il fasse une tournée des postes de police de l’île qu’il gère…Une tournée qu’il débute par Qaanaaq (mais oui, c’est de là que vient son prénom…), où il découvre qu’une vague de suicides d’adolescents semble toucher le royaume. Et où il reçoit un paquet morbide : un tupperware renfermant une main tranchée net à la base du poignée recouverte de tunniit, des tatouages cousues, scarifications traditionnelles que les anciens se faisaient en passant un fil trempé dans la suie avec une aiguille sous la peau pour créer des sillons…

Mo Malø ne s’est visiblement pas contenté de se choisir un pseudo nordique, il s’est aussi énormément documenté sur l’histoire du Groenland et s’y est aussi rendu pour s’imprégner des lieux, de leurs habitants et de la culture Inuit. Car tout ici sonne juste et vrai. Des mots et expressions en kalaalliut qui jalonnent l’intrigue, aux références à la culture Inuit, omniprésentes (le katajjaa, le chant de gorge Inuit ; les rites chamaniques ; les légendes ; le mode de vie…) en passant par le caractère Inuit, particulier, tout cela concourt à recouvrir le récit du vernis de réalisme nécessaire pour embarquer le lecteur dans ce voyage sombre et sordide. Et à rendre les enquêtes de Qaanaaq, à la narration (qui réserve, comme les bons crus du genre, son lot de rebondissements surprenants et de courses-poursuites) par ailleurs parfaitement maîtrisée, singulières. Une plongée, glaçante, dans la culture Inuit et les démons de l’adolescence !

(Récit complet, 400 pages – La Martinière Noir)

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