V POUR VENDETTA (Moore/Lloyd)

COMICS. 1997. Un mystérieux justicier masqué semblant s’inspirer du conspirateur catholique Guy Fawkes fait régner la terreur dans Londres. Il s’en prend d’abord aux symboles d’un pouvoir anglais tombé dans le fascisme et la surveillance façon Big Brother en faisant exploser le parlement et la cour d’assises avant d’éliminer des policiers sur le point de violer une jeune fille et un évêque pédophile. Finch, l’inspecteur de la main et son assistant arrivent rapidement à la conclusion que celui qu’ils appellent V a décidé de mettre en place une véritable vendetta liée à ce qu’il a vécu dans le camp d’internement de Larkhill quelques années plus tôt. Ils sont pourtant loin d’imaginer ce qu’il a véritablement en tête…

Edité à partir du début des années 80, V pour Vendetta a rapidement rencontré le succès et reste encore aujourd’hui l’un des meilleurs récits que le comics a vu naître alors que, paradoxalement, ses auteurs sont, rappelons-le, britanniques et qu’ils ont planté leur intrigue chez eux, à Londres. A tel point que le masque de V est même maintenant devenu un symbole de liberté et de contestation, en étant notamment choisi par le mouvement hacktiviste Anonymous comme « visage ». David Lloyd et Alan Moore n’auraient probablement pas parié cela quand ils s’échinaient à rassembler toutes leurs idées éparses pour en faire un récit cohérent et singulier. D’autant que c’était plutôt risqué pour eux, qui n’étaient pas encore installés en tant qu’auteurs, de choisir un terroriste (ils se sont inspirés de Guy Fawkes, un catholique qui a voulu faire sauter le parlement et mettre un catholique sur le trône en 1605 et dont on brûle encore l’effigie sur un bûcher tous les ans, le 5 novembre, en Angleterre avant de tirer un feu d’artifices) comme héros. Et de donner le beau rôle à cet anarchiste voulant reconstruire une société nouvelle sur les ruines de la précédente, société fasciste religieuse reléguant les femmes dans les foyers, niant les droits des homosexuels et encourageant racisme et xénophobie (rappelons que c’est Margaret Thatcher, une conservatrice, qui était Premier Ministre alors qu’ils écrivaient la série…). Si l’on ajoute à cela une narration très littéraire jalonnée de citations de Shakespeare et de réflexions philosophiques et un dessin très sombre (l’encrage, imposant, et les aplats de noir, omniprésents, sont accompagnés de couleurs, à la peinture, ternes, dans des tons uniquement pastel), on comprend que ce n’était pas gagné d’avance. Et pourtant V pour Vendetta est devenu l’un des récits les plus marquants du comics! Que l’on peut découvrir (il n’est jamais trop tard, d’autant qu’en cette période de Brexit et avec des mecs comme Trump ou Bolsonaro au pouvoir, il est même complètement d’actualité!) ou redécouvrir avec cette très belle intégrale qui propose, comme d’habitude avec Urban Comics, une foule de bonus, dont une postface de Moore publiée pour la première fois en 1983 dans un numéro de Warrior magazine qui publiait alors les premiers épisodes de V pour Vendetta dans laquelle le scénariste revient sur sa genèse….

(Intégrale, 400 pages – Urban Comics)

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