LES OGRES-DIEUX Première-Née (Hubert/Gatignol)

BD. La fin d’une magnifique série est toujours un moment émouvant. Mais là, ça l’est encore plus que d’habitude puisque Première Née est vraisemblablement le dernier livre d’Hubert à paraître car le scénariste est mort l’an dernier…On se souviendra donc forcément de ce quatrième et dernier tome des Ogres-Dieux, d’autant que c’est un très grand livre, qui clôt idéalement cette série remarquable, l’une des toutes meilleures de ces dernières années. La construction narrative, originale, est bien sûr la même que pour les épisodes précédents: des chapitres dessinés régulièrement entrecoupés d’apartés uniquement écrits (seules une ou deux illustrations les accompagnent) qui viennent mettre des coups de projecteur sur différents protagonistes de l’histoire. Tout comme le dessin de Gatignol, réalisé à la palette graphique: un trait fin et précis rehaussé de nuances de gris et de noirs, très gothique, qui donne merveilleusement vie au scénario d’Hubert. Qui est de nouveau captivant. Cette fois, il donne la parole à Bragante, la première née des enfants géants du Fondateur de la lignée royale qui raconte son histoire à sa petite-fille Elmire, dans l’espoir qu’elle apprenne d’elle et concourt à changer le cours des choses…Elle lui raconte comment son père la cantonna, elle et ses sœurs, dans le gynécée, les privant de leur liberté et les réduisant à un rôle très restreint: celui d’enfanter et d’éduquer les enfants nés, tandis que leurs frères apprenaient les arts du combat pour diriger le royaume. Puis comment elle fût violée par son frère Orbaal pour qu’il ait une descendance et comment elle essaya, malgré tout, de se battre pour conserver sa liberté et changer l’ordre des choses afin d’améliorer la condition des femmes…Un épisode passionnant, d’une grande richesse (il aborde aussi les thématiques de la maternité, de l’éducation, de l’amour…) mais qui est avant tout féministe! Car les héroïnes, ce sont elles. Ce sont les femmes, à l’image de Première-Née, qui, dans la famille des Ogres-Dieux, ont essayé de se battre contre les pires penchants des hommes (dont Hubert dresse ici un portrait sans concessions: violents, méchants, bêtes, incestueux…) et d’élever leur esprit, notamment par les livres et l’éducation. Vibrant, habité, flamboyant et en même temps très sombre, Première-Née propose une fin en apothéose, bouclant parfaitement la boucle (ce dernier épisode se termine avec la naissance de Petit, dont le destin avait ouvert l’épopée des Ogres-Dieux) de cette incroyable série. A ne pas manquer!

(Série d’épisodes autonomes, 160 pages pour ce dernier opus- Métamorphose)

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