MOMENTS EXTRAORDINAIRES SOUS FAUX APPLAUDISSEMENTS (Gipi)

BD. Primo ne l’a pas encore dit aux autres cosmonautes de son équipe mais lui sait: il n’y a aucun moyen de quitter cette planète. Le voyage va s’arrêter là. Jamais ils n’iront ailleurs.

Un acteur. En fait, un vétéran du Vietnam qui travaille sur les plateaux de films de guerre pour donner des conseils aux acteurs, pour leur faire comprendre ce que l’on ressent lorsqu’on monte au feu et que l’on perd son meilleur ami à côté de soi, la tête arrachée par une rafale.

Un homme de la préhistoire qui perçoit un cri montant de ses tripes, de très profond, mais qui ne sait pas bien ce qu’il signifie.

Un homme, dont le métier est de faire du stand up, a loué une voiture, une Punto. Chaque matin, il va de son B and B à la clinique pour rendre visite à sa mère qui est en train de mourir. Chaque matin, il se demande si elle sera encore vivante quand il arrivera.

Un petit garçon sur la plage. Il n’attend qu’une chose: pouvoir aller se baigner et découvrir le regard de sa mère qui se pose sur lui, en train de s’amuser dans l’eau.

Et Joseph Goebbels aussi.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser avec ce résumé, Moments extraordinaires sous faux applaudissements n’est pas un recueil d’histoires courtes. Non, ces différents fils narratifs appartiennent à une seule et même histoire: celle de Silvano. Le comique qui va rendre visite à sa mère qui est en train de mourir. Et qui doit faire rire les spectateurs le soir quand il monte sur scène. Silvano est paumé. Tout s’entrechoque dans sa tête: les souvenirs qui remontent de l’enfance, sa mère qui ne lui répond pas quand il lui parle; le fait qu’il est stérile et ne pourra jamais transmettre la vie, les cauchemars qu’il fait la nuit et d’autres choses encore…Voilà pourquoi la narration de Gipi est complexe et éclatée: elle est tout simplement à l’image de ce qui se passe dans la tête de Silvano, qui voit avec la mort de sa mère qui approche, tout un tas de questions, sur la vie, la mort, les gênes, la paternité, l’insouciance de l’enfance qui ne dure malheureusement pas, bref la condition humaine, refaire surface. Le tout raconté avec maestria par Gipi qui trouve ici le parfait équilibre, laissant le lecteur naviguer dans un brouillard narratif tout en lui faisant apparaître la lueur d’un phare, au loin, qui le guide (tout comme les différents traitements graphiques -un noir et blanc très hachuré pour mettre en scène les cosmonautes; un trait direct rehaussé d’aquarelles pour le présent de narration et un dessin en couleurs directes, à l’aquarelle, sans encrage, pour les flash-back sur la plage) et qui lui permettra, une fois rejoint, en fin de livre, de faire toute la lumière (ou presque) sur ce récit. Ambitieux, complexe, introspectif (dédié à la mère de l’auteur, le récit semble en grande partie autobiographique): Moments extraordinaires sous faux applaudissements et sa narration singulière installe encore un peu plus Gipi parmi les grands auteurs de la BD actuelle!

(Récit complet, 168 pages – Futuropolis)

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