LES RIVIERES DU PASSE 1. la Voleuse (Corboz/Desberg)

BD. Paris, 2016. Linn est libre comme l’air. Pas d’attaches, pas d’adresse connue. Comme son défunt père, elle vole ce qu’elle n’a pas. Cette fois, c’est un riche mafieux russe, Argonovitch, qui la charge de voler un médaillon égyptien très rare d’Ay, le vizir du pharaon Akhenaton, à Lamia, une femme brune mystérieuse. Après quelques rebondissements (Linn a notamment essayé de doubler le russe…), la jeune femme se retrouve, sous la contrainte (un sbire d’Argonovitch a une arme pointée sur elle…) dans la maison de Lamia. Où elle parvient à fausser compagnie à ses « associés » en passant une étrange porte antique. Qui la fait déboucher dans une sorte de monde parallèle: la ville qu’elle connaît est devenue un Paris moyenâgeux sur laquelle la peur règne. Celle des Shayks, des créatures maléfiques qui se nourrissent de chair humaine, ont déjà envahi le lyonnais ou Blois et semblent obéir à un mystérieux humain, maître Worn, le maître de la peur…

Voir Stephen Desberg s’associer à Yannick Corboz pour un récit paraissant aux éditions Daniel Maghen avait de quoi surprendre. Cela révèle avant tout une envie de liberté chez le scénariste et une volonté de se libérer des carcans (format de 48 pages, dessin réaliste très académique, série ressemblant à de grosses machines commerciales, comme I.R.$ ou Le Scorpion) contraignants de la BD classique. Et de faire des choses différentes. Comme ce diptyque hybride, à la croisée de la fantasy, du récit d’aventure et de la dystopie, qui nous parle de Dieu unique, de l’utilisation de la peur, par l’Eglise, comme contrôle de la population et de liberté. Un univers (ou plutôt un double univers puisque l’on fait, dans cette première partie, de constants allers et retours entre le Paris moderne de 2016 et celui, parallèle, moyenâgeux, menacé par les Shayks et ceux qui pensent les contrôler) que Yannick Corboz met en images de son dessin virevoltant, toujours en mouvement: le trait est libre (à l’image des 2 héroïnes), vivant, les décors dépassent régulièrement dans les marges, la mise en couleurs, forte, avec des rouges bien vifs, vous happe et le découpage est inventif. Du coup, on se laisse porter, avec plaisir, par cette histoire sombre, au rythme alerte, et par ses mystères que l’on a envie de voir s’éclaircir dans une deuxième partie qui nous emmènera en Egypte…

Diptyque, 72 pages pour ce tome 1 – Editions Daniel Maghen)

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