VERS LA TEMPETE (Bérubé)

BD. Jean-Sébastien a 29 ans, il rentre du Tibet. Son expérience bouddhique (il voulait devenir moine) a tourné court, le jeune homme se rendant compte qu’il avait une vision naïve de cette religion, qui n’empêche pas ceux qui la pratiquent de se moquer de lui parce qu’il bégaie ou de se droguer…Quand il rentre chez lui à Rimouski, au Québec, rien n’a changé : son grand-père continue de se comporter en patriarche et entend bien décider ce qui est bon ou pas pour la famille. C’est lui qui trouve une chambre à louer à Jean-Sébastien dans une maison avec une coloc et c’est encore lui qui installe son atelier dans le sous-sol de son entreprise pour qu’il puisse dessiner sa série sur Radisson. Une façon de faire qui pèse de plus en plus à notre homme qui manque, par ailleurs, de confiance en lui…Il espère que le karaté, qu’il veut reprendre, va l’aider, grâce à ses valeurs, à y voir plus clair dans cette période difficile….

Vers la tempête est en quelque sorte la suite de Comment je ne suis pas devenu moine, récit autobiographique paru en 2017 qui avait été un véritable coup de cœur pour nous. Son auteur y raconte justement son retour, difficile, du Tibet, et sa prise de conscience de son état dépressif lié à son manque de confiance en lui et au rôle nocif joué par sa famille, et surtout son grand-père ainsi qu’à la nécessité de se battre et de s’affirmer. D’où sa décision de suivre une thérapie et de s’investir sérieusement dans le karaté, où il peut bénéficier des conseils de son professeur, Shihan Lesart, qui est, par ailleurs, atteint d’un cancer.

Un récit initiatique qui touche en plein cœur car Bérubé, tout comme dans son œuvre précédente, s’y livre sans compter, racontant, avec beaucoup d’humilité, ses difficultés relationnelles avec les filles, le complexe d’infériorité qu’entraîne son bégaiement ou son manque de caractère face à son père ou à son grand-père. Une sincérité qui touche et que l’on retrouve dans le dessin : un trait simple et sans fioritures -un noir et blanc rehaussé de lavis de gris- qui recherche avant tout la justesse et la spontanéité des émotions et qui ne fonctionne jamais aussi bien que dans les scènes de combat de karaté, d’une grande force, au cours desquelles les cases disparaissent pour laisser la place à la souffrance, à la persévérance et, enfin, à la victoire sur soi-même. Difficile de trouver meilleure allégorie de ce qu’a vécu l’auteur durant cette période. Un récit à ne pas manquer !

(Récit complet, 216 pages – Futuropolis)

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