COMES : LES ROMANS NOIR ET BLANC 1987-2006

BD. Décédé en 2013, Didier Comès, qui avait été l’un des piliers d’(A Suivre) aux côtés de Pratt, Tardi, Forest, Rochette ou encore Lob, est surtout connu pour Silence, qui fût récompensé de l’Alfred du meilleur album au festival d’Angoulême en 1981. Maître du noir et blanc, l’auteur belge avait bien entendu sorti beaucoup d’autres récits, longs ou courts, que l’on peut découvrir ou redécouvrir grâce à 3 compilations que Casterman vient de publier. Ergün l’errant comprend Le Dieu vivant et Le Maître des ténèbres, rares histoires mises en couleur de Comès tandis que, comme leur nom l’indique, les 2 autres se focalisent sur le reste de son œuvre, parue en noir et blanc donc. Le livre qui nous intéresse ici regroupe 5 romans graphiques et 2 histoires courtes (dont un hommage à Pratt) parus entre 1987 et 2006. Qui ont un point commun évident puisqu’ils traitent de ce qui échappe à l’Homme, de ce qu’il ne veut pas voir ou ne comprend pas. Ainsi dans L’Arbre-coeur, peut-être le récit le plus réussi (et cette magnifique réplique: « Nul ne peut prétendre emprisonner nos rêves! »), Comès explore, à travers le personnage d’Ambre, une photographe qui vient de perdre un œil lors d’un reportage de guerre, les voies que notre inconscient emprunte parfois pour se protéger de la violence de la réalité. Dans Iris, c’est le Dieu-cerf, issu d’un ancien culte, qui apparaît à une jeune fille pour la charmer. Avec La Maison où rêvent les arbres, l’auteur raconte la révolte des arbres et de la nature contre l’humain qui a oublié d’être humble et croit que tout lui appartient. Alors que Les Larmes du tigre a pour héroïne Petite pisse partout, une Amérindienne qui va trouver un shaman pour lui demander de l’aider à retrouver son ombre que l’esprit du peuple tigre a dérobé pour faire renaître, à travers elle, son clan. Enfin, Dix de ders, merveille d’ironie et d’humour noir, met en scène la rencontre improbable d’un jeune soldat américain avec des fantômes lors de la seconde guerre mondiale. Manfred, Joseph et le bleu finiront d’ailleurs par jouer aux cartes ensemble dans ce récit qui voit Comès régler ses comptes avec Dieu…

Magie, fantômes, merveilleux, esprits, « folie »: l’auteur nous emmène de l’autre côté du miroir, pour y explorer l’invisible, d’autres réalités que de rares personnes peuvent voir. Avec une constante: la nature, omniprésente et belle. Lapins, grand-ducs, cerfs, chats, tigres ou oiseaux prennent littéralement vie sous ses crayons. Une nature que l’être humain s’emploie à détruire, piéger ou chasser. On trouve, en effet, plusieurs chasseurs dans ces récits, auxquels notre homme donne toujours le mauvais rôle et qu’il décrit comme des machos férus d’armes et de guerre qui ne pensent qu’avec leur pénis…

Une belle occasion, en tout cas, de se (re)plonger dans l’univers poétique, souvent teinté d’étrange, de Comès et son superbe noir et blanc qui n’en oublie pas d’être expressif !

(Compilation, pages – Casterman)

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