MALGRE TOUT (Lafebre)

BD. Après tant d’années, Ana a enfin accepté de ne plus être à la tête de la mairie de sa ville pour prendre sa retraite. Mais comment va-t-elle occuper ses journées, elle qui a toujours été si active et qui déborde encore d’énergie? Peut-être en passant un peu plus de temps avec sa famille…Quant à Zeno, il s’est laissé convaincre, enfin, de vendre sa librairie. On ne peut pas dire qu’elle marchait bien de toutes façons…Mais tous les deux ont pris une autre décision, ensemble: ce soir, ils vont se retrouver. Pour leur premier rendez-vous. 37 ans après!

Jusque là, le nom de Jordi Lafebre a toujours été lié à celui de Zidrou. Ensemble, ils ont en effet signé un one shot (Lydie, en 2010), puis un diptyque (le très bon La Mondaine, en 2015) et enfin une série (Les Beaux jours, dont 5 tomes sont sortis à ce jour, à partir de 2015). Mais le dessinateur espagnol a cette fois décidé de franchir le pas pour réaliser son premier récit en auteur complet (ou presque puisque Clémence Sapin l’a aidé pour la mise en couleur). Un coup d’essai qui s’intitule Malgré tout et que l’on était très curieux de découvrir. Côté graphique, on est en terrain connu, avec ce dessin très plaisant auquel on est maintenant habitués. Techniquement très fort, le trait de Jordi Lafebre est aussi d’une belle expressivité et d’un grand dynamisme. Et si la composition des planches est plutôt sage (elles sont souvent organisées en gaufriers de 6 cases et parfois en 3 cases horizontales), l’auteur se montre souvent inventif dans le découpage, comme lorsqu’il donne l’impression que les 2 protagonistes dansent ensemble alors qu’ils sont en fait éloignés de plusieurs milliers de kilomètres. Mais on savait que de ce côté là il ne pouvait pas y avoir de mauvaises surprises. Par contre, on pouvait être plus sceptique au sujet du scénario. Et de ce point de vue là le barcelonais va surprendre tout son monde avec une construction narrative très originale et surprenante qui lui permet de tout de suite capter la curiosité, et l’intérêt, du lecteur. Car notre homme a tout simplement ici décidé de remonter le cours du temps. Le récit commence donc avec le dernier chapitre, le vingtième. Et les chapitres suivants reculent, progressivement, dans le temps jusqu’à revenir, dans le chapitre 1, à la source même de l’histoire d’amour peu commune d’Ana et Zeno: leur rencontre, racontée elle aussi de façon étonnante. Une idée brillante qui donne bien entendu tout son sel à cette ode à l’amour pleine de poésie (Zeno est un doux rêveur, passionné de voyages, dont la stabilité n’est pas le fort) et de jolies trouvailles (le récit est ponctué de métaphores, comme le pont, figurant l’histoire d’amour des 2 protagonistes).

Ces dernières années, Lafebre n’a visiblement pas fait que mettre en dessin les scénarios de Zidrou, il a aussi beaucoup appris à ses côtés: ce récit en est la preuve éclatante!

(Récit complet, 152 pages – Dargaud)

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