TOMAHAWK (Prugne)

BD. La parenthèse n’a pas duré longtemps, le temps de réaliser Vanikoro, qui raconte le destin tragique de Lapérouse, capitaine de vaisseau parti explorer le Pacifique sud pour le compte du roi de France avec 2 frégates et 220 marins mais qui ne revint jamais. Puis Patrick Prugne est revenu au nouveau monde américain, aux guerres que se livrèrent anglais et français pour étendre et converser leur colonies là-bas, aux alliances avec les Amérindiens (les Hurons ou les Algonquins pour les français ; les Iroquois pour les anglais) et à sa nature, extraordinaire. Qu’il met une nouvelle fois en scène avec brio dans Tomahawk. D’autant que cette fois, la nature fait presque figure de personnage principal…L’auteur s’en est donc donné à cœur joie, dessinant de son trait léger et pourtant assuré (il n’encre jamais ses cases!) et de ses magnifiques aquarelles forêts primaires d’érables et d’épineux pris dans la brume du matin, cours d’eau sur lesquels voguent des canoës algonquins et, bien sûr, les nombreux habitants sauvages de ces contrées : chacals, corneilles, renards, loups, geais, saumons, faucons ou grizzlis. Des reconstitutions grandioses, dont quelques unes pleine page, que l’on ne se lasse pas d’admirer, et qui proposent, surtout, un décor parfait pour ses récits.

Cette fois, l’action se passe en Juin 1758 à Fort Carillon, juste avant la bataille, quasi-décisive, qui allait opposer les troupes françaises de Montcalm et les britanniques. On y suit Jean Malavoy, un canadien engagé dans la milice du fort. Un homme prêt à tout pour se venger. Non d’un homme, comme on pourrait le croire mais d’un ours. Un grizzly géant qui a tué sa mère alors qu’il n’était encore qu’un enfant et qu’il vivait à Montréal. Alors quand Squando, le frère de sa compagne Abénaqui, lui annonce qu’il a vu le fameux ours à l’œil tacheté rôder non loin, Jean part sur le champ, fusil à l’épaule et quelques provisions dans la besace, même si cela risque de le faire passer pour un déserteur…

Comme avec ses prédécesseurs « américains », le charme de Tomahawk opère immédiatement. Le scénario n’est peut-être pas très élaboré mais il est en tout cas original. Et le travail de reconstitution de Prugne, fruit d’un travail de recherche conséquent (à force de se pencher sur cette période, l’auteur en est presque devenu un spécialiste), est remarquable. Relations colons/Amérindiens, rôle du prêtre dans le fort, croyances et traditions amérindiennes, éclaireurs écossais en kilt, armes, uniformes… : tout y est, reproduit avec précision, jusque dans les moindres détails, assurant une impression saisissante de réalisme. Et une lecture captivante ! Que l’on peut prolonger, comme d’habitude avec les éditons Daniel Maghen, avec le superbe cahier graphique très fourni offert en guise de bonus qui propose crayonnés, travaux de recherche, extraits du story-board ou illustrations en double page inédites…

(Récit complet, 96 pages – Daniel Maghen)

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