VANN NATH Le peintre des Khmers rouges (Mastragostino/Castaldi)

BD. 1978, en pleine révolution Khmer, des soldats du parti viennent arrêter Vann Nath chez lui. Il est alors emmené puis attaché avec d’autres hommes et battu, humilié et torturé. Sans savoir pourquoi. Au bout d’une semaine, il est traîné en laisse comme un chien et quand on lui retire son bandeau, il se rend compte qu’il est dans la prison de Choeung Ek, que l’on connaît mieux sous le nom de camp S-21. Après un mois passé allongé sur le sol et entravé par les pieds avec 50 camarades de souffrance, quelqu’un vient enfin le chercher pour rencontrer le camarade Duch, le chef du camp, qui a entendu parler de ses dons de peintre. Il lui confie la réalisation de tableaux de Pol Pot et d’autres dirigeants du parti, en lui précisant qu’il a intérêt à faire de son mieux, tout en faisant preuve d’humilité…Notre homme se met à la tâche au milieu des cris d’horreur et de douleur des prisonniers que l’on torture, conscient qu’il n’a pas le droit à l’erreur…
Deux millions de personnes tuées, dont 60% brutalement, en 4 ans. Près de 1 300 000 cadavres retrouvés dans les quelque 25 000 fosses communes découvertes après la chute du régime. Et pour le camp S-21, sur les 20 000 personnes qui y ont été enfermées, seules 12, sept adultes et cinq enfants, ont survécu. Voilà pourquoi Vann Nath n’a jamais arrêté de peindre après sa libération, de participer à des documentaires et d’écrire des livres. Pour raconter ce qui s’est passé et que l’on n’oublie jamais ce qui est arrivé à ces personnes accusées sans raison. Que les nouvelles générations comprennent quelles furent leur souffrance et leur humiliation. Un témoignage que Mastragostino et Castaldi se chargent ici de transmettre à leur tour tout en rendant hommage au peintre mort en 2011 des séquelles de sa période de détention (des problèmes rénaux chroniques l’obligèrent à subir une dialyse quotidienne) dans ce récit fort, particulièrement réussi. Mastragostino livre un scénario fluide et inspiré qui bouscule la chronologie des faits (il fait de constants allers et retours dans le temps) pour mieux montrer l’impossibilité de Vann Nath d’oublier les Khmers rouges et le génocide et de mener une vie normale. Mais c’est véritablement le travail graphique de Castaldi, superbe, et son étonnante capacité d’évocation, qui fait de Vann Nath un récit à part. Refusant de rendre belle la mort et la souffrance, le dessinateur a opté pour un trait au crayon, fin et délicat quand il s’agit d’esquisser les visages et les silhouettes des personnages et plus appuyé et épais, voire charbonneux, pour dessiner cheveux ou sourcils, le tout sans encrage, simplement rehaussé de lavis de gris et de quelques touches de rouge (difficile d’occulter tout le sang versé…) ici ou là. Un dessin sobre mais très expressif et même touchant (on pense à certains portraits) par moments. Idéal pour mettre en images les ténèbres dans lesquelles le Cambodge fut plongé pendant tant d’années par la faute de la folie des Khmers rouges. Et un magnifique hommage à ce peintre combattant de la mémoire dont on retrouve les peintures dans une galerie bonus en fin de récit. A ne manquer sous aucun prétexte!

(Récit complet, 128 pages – La Boîte à Bulles)

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