LE REVEIL DU TIGRE (Letendre/TaDuc)

BD. États-Unis, fin du 19e siècle. Matt Monroe est stagiaire à l’agence Pinkerton de Bakersfield. Sous les ordres de l’agent Wheeler, ils essaient de résoudre une affaire de kidnappings et de meurtres (la fille du banquier Kelley vient d’être retrouvée morte, les habits arrachés) sur fond de tensions entre les fermiers du coin et la West Petroleum Company qui veut mettre la main sur leurs terres pour pouvoir extraire toujours plus d’or noir. Avant de mourir, sa mère lui a fait promettre d’aller trouver Chen Long pour lui dire qu’il avait un fils. C’est sa mission pour l’agence qui va en fait lui donner l’occasion de rencontrer son père biologique, un homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même, hanté par les fantômes du passé, qu’il essaie de combattre en consommant toujours plus d’opium…

Letendre et TaDuc ont eu envie d’offrir une dernière aventure à Chinaman (alias Chen Long), après la saga qu’ils ont composée (elle comprend 9 tomes) autour de leur héros depuis 1997, en forme d’épilogue, avec ce one shot (que l’on peut tout à faire lire indépendamment du reste de la série) qui sort, autant faire les choses en grand, dans la collection Aire Libre. Un récit qui nous fait faire un bond dans le temps puisqu’on retrouve Chinaman 20 ans après, rongé par la culpabilité (« la guerre, le bagne…On en crève ou on en sort détruit », confie-t-il à son fils), seul (à part Marcus, personne ne peut l’aider), détruit par l’opium. Mais père ! C’est ce qu’il va apprendre et qui va l’obliger à se réveiller et à redevenir le tigre qu’il était. Et il le faudra pour aider son fils à se sortir des griffes des hommes de main de la West Petroleum Company, capable de tout pour faire monter la valeur de ses actions. Un western sombre, critique et violent, en un mot crépusculaire, qui dépeint (le dessin de TaDuc, à la fois noir et d’une incroyable justesse, qui se loge dans les moindres détails, est superbe, tout comme les couleurs) une Amérique sans foi ni loi, cynique (« sachez que les bonnes affaires se font toujours aux dépens de quelqu’un », lance le responsable de la Company) et raciste (les noirs et les chinois, malgré leur apport à la construction du pays, étaient méprisés) et offre une rédemption inattendue à Chen Long. Une très belle façon de clore la saga Chinaman !

(Récit complet, 136 pages – Aire Libre)

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