LE CHOIX DU CHOMAGE (Collombat/Cuvillier)

BD. Si certains éditeurs ont depuis suivi son exemple, il faut tout de même rendre à Futuropolis ce qui lui appartient : un courage et une vision éditoriale qui ont permis, depuis longtemps, à des livres « difficiles » de voir le jour. Des essais sur Dieu et la religion (le récent Et l’Homme créa les Dieux, un must!), des enquêtes sur la cinquième république et les années de plomb (Cher pays de notre enfance, réalisé par Benoît Collombat, déjà, et Davodeau) ou l’économie mondiale : des livres salutaires et édifiants qui s’aventurent hors des sentiers battus avec la bénédiction de leur éditeur, qui provoque même parfois leur naissance ! C’est une nouvelle fois le cas avec Le Choix du chômage qui propose une enquête, vaste (puisqu’elle part de l’après-guerre pour arriver jusqu’à nos jours et la crise sanitaire et économique actuelle), et inédite en BD, sur les racines de la violence économique que nous connaissons depuis un moment avec l’hégémonie du néolibéralisme. Méthodiquement, les 2 auteurs démontrent comment ces thèses ont réussi, petit à petit, à détrôner l’état providence mis en place par le conseil de la résistance en France après la guerre ou Roosevelt aux Etats-Unis avec son New Deal dans les années 30, pour confier tout le pouvoir économique aux seuls financiers, privant les états de toute souveraineté monétaire. De l’influence de l’économiste Hayek (qui avait tout écrit en 1939) et de l’ordolibéralisme allemand d’Erhard après la seconde guerre mondiale, à la décision de Mitterrand de ne pas dévaluer le franc pour ne pas froisser l’Allemagne et continuer à construire l’Europe politique, en passant par le choix de la monnaie unique dans l’union européenne, la crise grecque dont l’Europe s’est servie pour en faire un exemple vis-à-vis des autres pays européens ou les fonds de pension qui vampirisent totalement l’économie mondiale actuelle, les auteurs expliquent avec clarté et une ironie mordante (en intercalant des prises de parole « éclairantes » de certains penseurs néo-libéraux comme Jacques Delors, Jean-Claude Trichet ou Macron) comment la politique a progressivement accepté de complètement laissé le pouvoir à l’économique. Ils mettent ainsi en exergue, avec pédagogie, les dispositifs pernicieux qui ont été mis en place dans l’union européenne pour que les états ne puissent pas intervenir quand bon leur semble dans l’économie. Et donnent aussi la parole à d’éminents sociologues ou économistes pour proposer des solutions (avant tout redonner le contrôle de l’émission monétaire aux états pour que ceux-ci puissent créer de l’argent pour les gens et non pour les banques, comme c’est le cas actuellement) afin de sortir de cette idéologie qui place les dividendes et le profit au-dessus de l’humain.

Une enquête passionnante, pas toujours facile à suivre (les auteurs ont fait un gros travail de vulgarisation mais certaines notions économiques restent malgré tout difficiles à saisir parce qu’abstraites) mais édifiante et mise en images avec inventivité (et c’était pourtant un véritable défi!) par Cuvillier. Absolument nécessaire si l’on veut comprendre comment on en est arrivés là : « on est passés d’une logique de contrat social à une logique très américaine, qui est celle de la réalisation. Pour avoir une place au soleil, il faut travailler comme un dingue. C’est ça l’idéologie contemporaine : ceux qui sont riches le méritent. Ceux qui sont pauvres aussi » (François-Xavier Dudouet, sociologue).

(Récit complet, 288 pages – Futuropolis)

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