Derrière cette pochette à tendance metal technoïde, se cache donc le nouvel album du duo Binaire. Félicitons déjà l’objet, qui comme le Shub ou le Kimmo, sort en vinyle accompagné de sa version CD. Solution idéale pour écouter ses vinyles en voiture ! Binaire pousse plus loin sa démarche punk en mettant aussi la version digitale (.WAV) en téléchargement gratuit sur son site internet. Classe !

Binaire, c’est, comme son nom l’indique, un monstre à deux têtes. Un rock minimale à deux guitares. Un combat entre l’homme et la machine. Un combat entre deux hommes aussi. Personnellement, j’ai toujours eu un petit faible pour eux. Leur approche punk minimale m’a toujours causé. J’adorais leur concert avec ce pied de micro unique, en forme de T, et les deux guitaristes s’opposant, face à face, comme pour un combat. Mais je ne vais pas épiloguer, j’ai déjà écris tout cela à l’occasion de leur deux premiers disques (ici et ici).
Mais si l’alchimie bipolaire reste bien la même ici, l’arrivé de ce vinyle rouge sang (en fait le mien est plutôt orangé) amène son lot de nouveautés. Binaire reste binaire (comme le prouve l’excellent morceau d’ouverture « Ketamine Bonne Mine »). Binaire reste punk. Binaire reste noise. Mais le duo ouvre son jeu à des influences plus dark, ralenti ses tempos, et regarde un peu sur les côtés au lieu de foncer droit devant. Du coup, des effluves des années 80 remontent à la surface, et ça leur va plutôt bien. Et si certains morceaux se veulent plus dansants (« BTP », et le surprenant « Men in the Middle Attack »), c’est surtout cet aspect mélodico-angoissant, entre new-wave et post-punk/indus qui ressort. « Ça fait 20 ans que je suis dans le business » (quel nom !) montre bien les deux nouvelles directions du groupe avec un début très 80’s et une fin quasi-techno (notons aussi que les machines ont violemment élargies leur champs d’action).
Si le duo excelle tout autant dans ces nouvelles voies, il se découvre aussi un peu plus, dévoilant plus ses faiblesses. Notamment cet accent qui risque d’en rebuter plus d’un. Ça n’a jamais été leur fort, mais à l’époque, couvert par la déferlante noise des guitares, on s’y attardait moins. Là, difficile de faire abstraction (le début de « j’ai des maghrébins parmi mes meilleurs amis » par exemple). Il faut juste s’y attendre, et faire avec (même si c’est parfois vraiment rude). Certains moments plus dépouillés souffrent peut-être aussi du minimalisme du groupe, mais ça a son charme. Une fois ces légers désagréments passés, vous pourrez profiter du spectre élargi du nouveau Binaire (dont le son efficace que leur offre Nicolas Dick va à ravir)… Avec « idole », le groupe touche à quelques mélodies tubesques (le refrain du final « Palpitations de Tendons » est d’une efficacité redoutable), fait danser (danse binaire, mais danse quand même), et flirte merveilleusement avec les 80’s sombres de la new-wave… qui aurait pu se douter que ces deux punks avaient tout cela en réserve ! Difficile de résister !

(Album – divers)