Certes, cet album débute sur les chapeaux de roue avec deux morceaux de près de 9 minutes s’inscrivant dans une logique math-rock tout ce qu’il y a de plus efficace. Les plans s’enchaînent sans pour autant tomber dans la construction mentale ennuyeuse, touchant aussi bien l’amateur de post-rock que d’indie-rock ou de noise. Certes, le premier morceau est bien plaisant, mais c’est en entrant plus à fond dans cet album qu’on comprend que From Monument to Masses n’est pas seulement un bon groupe math-rock. Petit à petit, les morceaux deviennent de plus en plus incroyables ; plus on avance dans ce disque et plus les morceaux développent ce petit truc magique que chaque groupe rêve d’avoir, ce « je ne sais quoi » indescriptible qui différencie les excellentes compositions d’un énième bon titre. Et ce trio, derrière une apparente bonne tenue en bouche, arrive à insuffler à sa musique le petit plus qui la rend poétique et merveilleuse. Construit autour d’une guitare baladeuse, que ne renieraient pas les enfants de Don Caballero, d’une base basse-batterie solide, et de quelques voix enregistrées, les 7 titres de cet album travaillent aussi bien la mélodie que la recherche rythmique, la sensibilité que l’intellect, la force que la douceur, la beauté que la politique, le groove que la finesse. Les oreilles averties retrouveront autant du Don Caballero mélodique, que du Fugazi époque actuelle (« The Spice must Flow »), et parfois même du Tortoise d’autrefois. Même quand le groupe s’offre le luxe d’une rythmique electro-pop sur « Comrades & Friend », on ne peut que succomber. Bref, cet album, « inspiré par le mouvement international pour une justice globale et une paix durable », dixit le groupe, s’impose, avec ces compositions envoûtantes, ce son chaud et ces montées délicates, comme une des belles révélations de cette fin d’année.

( CD 7 titres – Dim Mak)