Voilà quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé par le titre de l’album des allemands de Yage, « Anders Leben !? », Chris s’est intérrogé sur sa propre vie, et les choix qu’il fait pour éviter le conformisme d’une vie trop souvent vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer une nouvelle rubrique dont l’existance ne dépendra que de vous… En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu’à votre tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences s’enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d’être acteur, d’offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J’espère que l’expérience fonctionnera et prendra de l’ampleur. Cela ne dépend que de vous.

Pour cela, il vous suffit d’envoyer vos textes à notre adresse, et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n’étant pas de censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent vides de contenu et inintéressants. J’espère que vous adhérerez à notre démarche en prouvant que notre scène n’est pas une copie dissimulée d’une société passive.

3. Baptiste / Montenai

Vivre autrement !?
J’avais envie de partager deux-trois idées sur ce site, car le sujet me paraît suffisamment vague pour être intéressant.
Mais d’abord je me suis demandé : autrement que quoi ?
Alors : si on part du principe que la société occidentale te rend la vie plus facile si tu suis un certain nombre de codes (vestimentaires, d’alimentation, de relations sociale, etc.) alors oui, on peut penser que ne pas suivre ces codes, c’est « vivre autrement ».
Je ressens très souvent qu’on est rempliE, entouréE, cernéE de codes, qu’on est construitE de partout (bien d’autres l’ont ressenti avant moi), et qu’à chaque geste que je choisis de faire il y a une origine qui ne dépend pas de moi : si je recherche les actes que JE décide vraiment de faire, je risque de ne pas trouver grand chose…
Je pense aux codes qui structurent nos rapports entre individus, (garçons et filles, pauvres et riches, beaux et moches, jeunes et vieux, gros et maigres, religieux et athées, compatriotes et étrangers…), et à ceux qui déterminent notre appartenance à une communauté (rapport au temps, à l’argent, à l’amour, à la famille, à l’apparence, à la culture, à la mort, à la vieillesse…), enfin les codes au sens large, qui agissent à chaque secondes de notre journée.
Il y a quelques années cette pensée m’angoissait, parce qu’il n’y avait aucun moyen de changer entièrement. Je ne pouvais pas changer ma langue maternelle (trop tard !), ni le fait que je viens de vivre 24 ans dans la peau d’un garçon, que mon enfance s’est passée de telle façon, et pas ailleurs ou autrement, avec tout ce que ça implique de construction sociale intégrée, comportement, image de soi, goûts et perception du monde…
Le fait que j’écrive ici, avec un niveau de langue donné et le choix des mots, etc. est encore un exemple, je pense.
Puis j’ai compris que si on ne peut pas sortir du social, on dispose d’une relative liberté à l’intérieur, on peut par exemple choisir de changer de langue, de vêtements, de nom, de sexe, de travail et sans changer le passé, on agit sur le présent. Mais bien sûr on reste, pour continuer l’exemple, une femme qui était autrefois un homme, ou Roger qui s’appelait avant François, et même si on s’approprie d’autres codes, ils restent très présents.

De plus, si on choisit de suivre une direction, juste sous prétexte que « les autres font comme ça, alors c’est pas bien », on se réfère encore à ce à quoi on s’oppose. Mon sentiment, c’est que si on veut « vivre autrement », il faut faire attention de ne pas « vivre contre ».
Alors que faire ? Ma réponse personnelle, timide et hésitante, limitée et liée à mon expérience, c’est qu’on peut gagner beaucoup à prendre du recul, à analyser ces mécanismes, à définir et reconnaître ce qui motivent nos réactions pour choisir plus sincèrement et plus lucidement (les plus pessimistes objecteront que, au vu de ce que je viens de décrire, on n’est plus libres et donc la sincérité et la lucidité n’existent pas, ce qui se défend).
On peut s’apercevoir de nos préjugés, de nos stéréotypes (ceux qu’on a sur soi et ceux qu’on a sur les autres), pour mieux les dépasser et essayer de se comporter d’une manière plus consciente et sûrement un peu moins lâche.
c’est là que je rejoins la plupart des textes « alternatifs » : pour changer ses pratiques, il faut commencer par s’en rendre compte. Dans mon alimentation, ma consommation, mon langage, mon rapport aux autres, est-ce que tout ce que je fais me convient ? est-ce que ce que je cautionne j’ai envie de le cautionner encore ?
Pour conclure, je dirais que « vivre autrement » ce serait, pour moi, un processus par étapes, dont la première serait une remise en question des codes, petit à petit, par petites touches, une « déconstruction » assumée et joyeuse, avec des fleurs et des petits animaux qui gambadent, pour se sentir moins manipulé de partout, pour découvrir d’autres pistes, d’autres pratiques, dont on sentirait qu’elles correspondent plus à ce qu’on a envie d’être dans le monde, etc.
Mais surtout, c’est un processus que je trouve sain et bénéfique car il est permanent : même quand on est un marginal intégral on peut continuer à se demander si tout nous convient encore et si on peut « vivre autrement ».
Tout ça est bien sûr beaucoup trop théorique, mais je n’avais pas envie d’énoncer trop de règles, ou de conseils de vie, mais plutôt de lancer des pistes.

Et pour pousuivre, voici mes deux sites préférés :
http://gendertrouble.org
http://infokiosques.net

/baptiste/