Si, en général, les collectifs réunissant leur lot de musiciens professionnels ne me disent rien qui vaille, il en va bien autrement de celui-ci. Les membres venant d’univers assez variés, ont beau avoir le droit à leur bio personnelle, c’est bien l’album d’un groupe, soudé, intense, et habité que j’ai l’impression d’écouter. Certes, on retrouve Laetitia Sheriff ou Daniel Pabœuf (saxophoniste des mythiques Marquis de Sade), mais c’est avant tout la qualité des compositions qui retient l’attention. Et ces dernières semblent évoluer bien loin de ce que nous pourrions imaginer sur papier…

Dès le premier morceau, tout en ambiance, on sent que ce « on the roof » va nous mettre à terre. Le collectif laisse bien quelques repères : un peu de The Ex ici, un peu de Can là, ou encore quelques effluves des derniers travaux de Laetitia Sheriff. Mais Trunks nous offre surtout une musique personnelle et touchante. Une musique qui nous cause, avec ses mots (en fait ceux des haïkus de Jack Kerouac) et ses émotions. Une musique qui a du sens, qu’elle soit assagie ou tendue et déstabilisante. Car Trunks n’hésite pas à secouer, ni à séduire d’ailleurs. Quand la voix de Laetitia Sheriff apparaît sur ‘Blue Dot’, le disque prend une nouvelle dimension. Superbe morceau entre délicatesse et sursauts rageurs. Pourtant, la dame chantera rarement (légèrement plus sur la face B). Peu importe, l’excellent ‘Clever White Youths » qui vient finir la face A, et sur lequel Régis Boulard (batterie) pose sa voix, prouve que le groupe à d’autres arguments. Après une introduction à la The Ex, c’est un groove tordu entre Soul Coughing et Captain Beefheart qui nous fera vibrer. Grandiose.

Ceux-là savent y faire. Ils arrivent à nous mettre des frissons tant leurs harmonies sont belles. Le moment d’après, ils nous plaquent au sol sous un déchaînement d’énergie âpre. Enfin, avec ‘Kniee’, ils nous rappellent les grandes heures de Can, autres magiciens inclassables, tant la basse semble être sorti d’un morceau des allemands (attention tout de même à ne pas tomber pour plagiat). Joli trip krautrock avant de finir l’aventure sur un air post-rock (‘First Train Home’, et son ambiance à la Tortoise).
De bout en bout ce disque me transporte, et cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti cette sensation. Un grand moment tout simplement.

La version vinyle sort sur Les Disques de Plomb qui après deux splits réussis (Marvin / Zëro, et Binaire / Nicolas Dick) impose son goût certain pour les belles sorties. Réussites musicales et graphiques pour ses trois premières productions. Un label à suivre, sans aucun doute.

(LP – Les Disques de Plomb)

 

Blue Dot :

Screaming Idiot :