Tout de même, y a pas à dire, c’est beau un vinyle ! Surtout quand le dessin, signé Pier Gui, et la sérigraphie, faite par Le Dernier Cri, assurent. Mais que cela ne nous fasse pas oublier les protagonistes principaux de ce disque : les stéphanois de Jubile et les marseillais de Ntwin, qui occupent chacun une face de cette galette. Et puisqu’il faut bien commencer par une face, je choisi les marseillais, que je connais quasi pas, mais dont on m’a dit le plus grand bien. La basse joue les ouvreuses, répétitives, minimales, métalliques. Le son de Chicago en a influencé plus d’un, et au début on pense que le groupe va suivre à nouveau le chemin tracé par Shellac ; mais si les albums du trio américain ne doivent pas laisser insensibles Ntwin, les marseillais ne s’enferment pas dans cette rigidité agressive trop identifiable. Eux préfèrent titiller la corde sensible avec des plans plus émotionnels… Avec une rage retenue, presque fragile. C’est bien du côté d’Unwound que va mon regard… Ntwin vous maltraite gentiment, à mi-chemin entre noise rock et post-punk, maniant la dissonance avec retenue. Pourtant le groupe n’est pas du genre à vous caresser dans le sens du poil. Manquerait plus que ça. Et c’est ce qu’on aime chez eux. La section rythmique est solide, la guitare vous triture les neurones, et le chant rageur et distordu touche… Voilà une approche minimaliste qui fonctionne… Ntwin réussit là où plus d’un se sont cassés les dents. Par certains aspects on y retrouve (un peu) les recherches de Lowercase, grand groupe oublié des nineties… par certains aspects seulement, car si Ntwin nous offrent cinq titres convaincants, ils n’atteignent pas encore les sommets de leurs influences. Ne nous y trompons pas. Mais peu importe, cette livraison remplit déjà parfaitement son rôle et je n’en demande pas plus.

De l’autre côté, je retrouve Jubile, le duo de St Etienne que j’ai pris grand plaisir à voir live lors de leur passage à Paris. Et dès le début je retrouve cette touche ultra spontanée typique du duo. Jubile nous balance une noise primaire, légèrement bordélique, toujours sur le fil, prête à se casser la gueule à chaque instant ; mais elle est tellement sincère et personnelle qu’elle arrive à me convaincre. Il faut dire que derrière l’aspect primitif et sans réflexion, les idées sont bien présentes. Les riffs sont balancés sans trop de recul et usés jusqu’à l’os avant d’être relâchés, mais ils tiennent merveilleusement bien la route. On y croiserait même un ersatz schizophrène de Fugazi sur Gliglingling. Mais chez Jubile, la musique est un exutoire, plus que chez n’importe qui. Leur noise répétitive est pleine de bave, pas loin de la folie… et là encore c’est tout ce qui fait son charme. Cette agression qui nous saute à la gueule sans qu’on ait rien demandé, ces aiguës de guitares qui nous vrillent les tympans (d’ailleurs qu’est-ce qu’elle en a dans le bide cette petite Rickenbacker!), ce besoin de tourner en rond jusqu’à l’infini, de se taper la tête contre les murs jusqu’au sang, même si au fond ça fait mal… et si la formule fonctionne encore mieux sur scène, je continue de garder un certain attrait pour ce duo pourtant complètement stressant !

(LP – boom boom rikordz / katatak)