Difficile pour Louis de voir la vie en rose : ouvrier dans un abattoir (il est chargé de couper la gorge aux poulets qui défilent sur la chaîne…), il doit en prime supporter l’humour graveleux de ses réacs de collègues. Jusqu’au jour où il tombe par hasard sur Suzanne, la secrétaire du DRH, dont il tombe amoureux. Un rayon de soleil de courte durée cependant, car une fois Pauline, leur bébé, arrivée dans leur foyer, la relation avec sa femme (qui déprime) se tend, notamment à cause de leurs soucis financiers. C’est le moment que Jean-Claude, son beau-frère, choisit pour lui proposer des petits boulots, pas très éloignés de ce qu’il fait à l’usine en fait, histoire de mettre du beurre dans les épinards…

Au lieu d’égorger des poulets notre homme se met à exécuter des contrats et donc à trucider des hommes .Cela peut bien sûr surprendre, voire choquer mais dans l’esprit de Louis c’est simplement s’adapter à une nouvelle situation économique. Car lui qui n’entend parler que de délocalisation, d’investissements ou d’ouverture à d’autres marchés au sein de son entreprise n’a finalement fait qu’appliquer ; à un niveau personnel, les méthodes ultralibérales des multinationales : il s’est positionné sur un marché plus porteur au regard de ses compétences et de son savoir-faire…

Il y a du Davodeau dans cette chronique sociale sombre (d’où le choix d’un trait sobre mais judicieux simplement rehaussé ça ou là de lavis de gris), très caustique, qui finira bien sûr mal pour le héros, coupable d’avoir cru naïvement qu’il pourrait gravir l’échelle sociale si facilement sans connaître un jour un retour de bâton. Mais aussi du Baru car « La faute aux chinois », même noire, reste une comédie, qui démontre par l’absurde les aberrations et tout simplement l’inhumanité de l’ultralibéralisme actuelle.

Sans être une œuvre majeure (il lui manque un petit quelque chose pour cela), « La faute aux chinois » a pour lui d’être un récit inattendu, à l’humour noir percutant, qui met le doigt là où ça fait mal.

 

(BD – futuropolis)