Abélard est un poussin qui vit heureux dans son marais entouré de ses copains Eugène, Pavel et Mikhail. Mais un jour ses yeux croisent ceux d’une belle inconnue, Epilie. Amoureux, Abélard se met en tête de partir en Amérique, là où il y a des machines qui permettent de voler, pour aller cueillir un bouquet d’étoiles afin de séduire celle qui possède son cœur. La route, pleine de surprises et d’embuches, lui fera croiser le cirque de Lazslo et ses copains Roms ou Gaston, un ours mal léché mais au cœur tendre…

Une évidence ! Ce road movie touchant et poétique (il ne serait d’ailleurs pas surprenant qu’Hautière l’ait écrit spécialement pour lui) était si proche de son univers que seul Renaud Dillies pouvait le mettre en images avec cette compréhension, cette complicité que l’on sent dans ce dessin tendre (comme s’il adoptait le point de vue d’Abélard), un brin enfantin et touchant.

« Abélard », petite merveille de diptyque, triste et beau à la fois, est avant tout un récit initiatique qui fait se rencontrer deux personnages aux philosophies de vie radicalement opposées (Abélard, éternel optimiste, naïf, qui vit la plupart du temps la tête dans les étoiles et Gaston, revenu de tout -« Y’a deux choses qui sortent de la bouche des femmes : des saloperies et des mensonges »- un brin misanthrope qui reste toujours très terre à terre) qui vont bien sûr beaucoup apprendre l’un de l’autre et dont le voyage commun laissera des traces indélébiles dans les mémoires.

Une histoire simple finalement mais qu’Hautière orchestre avec brio, parsemant le chemin des protagonistes de petites touches de poésie (Abélard veut par exemple décrocher la Lune pour son amoureuse) ainsi que de réflexions philosophiques et la narration de très belles trouvailles (comme celle des petits papiers qu’Abélard trouve chaque jour au fond de son chapeau). Qui vient nous parler avec talent et humanisme de la violence de la vie et de la méchanceté dont l’Homme est capable mais aussi d’amitié, de tolérance et de rêves. L’un des tous meilleurs récits de l’année. Coup de cœur !

 

(BD – dargaud)