Malgré une pochette éculée (une photo de leur matériel joliment entreposé dans une pièce vide)*, et une intro basée sur une boucle de guitare samplée, ce duo guitare / batterie du Nord de la France a bien plus à nous proposer qu’il n’y parait. Si le math-rock a bien quelque chose à voir avec leur musique, on est loin de l’habituel enchaînement de notes tricotées, façon jazz-rock cérébral. Du côté de ces lillois, la complexité des structures et les boucles de guitares n’empêchent en rien leurs morceaux de « rocker », et même méchamment ! Aidé par un son puissant hérité du post-hardcore, le groupe n’a pas peur de se mouiller et d’envoyer du lourd. Difficile de se rendre compte que les gars ne sont que deux. Ça commence dans l’esprit du premier Don Caballero, puis dès le deuxième morceau, on se retrouve en face d’une version pleine de testostérones de From Monument To Masses (dans les passages les plus noise du groupe américain), sans doute dû à l’utilisation de samples de discours sur certains morceaux. Puis, le groupe surprend agréablement en prenant le micro pour quelques hurlements démoniaques sur « ∞ » et quelques gueulantes hardcore sur « Tap ». Les quelques incursions de chant sur « Kung Fu » nous renverraient même presque à Hoover et consorts. C’est maintenant sûr, le duo fait assez adroitement la jonction entre la finesse de From Monument To Masses et le post-hardcore plus violent, voir quelques escapades vers le stoner plus lourd. Autant vous dire que ça ne sent pas que l’étudiant en école d’art, bien peigné (malgré les titres et la photo de pochette). Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fonctionne. Ces sept titres s’enchaînent sans temps mort, avec une virtuosité qui n’envahit jamais le propos… Car, contrairement à certaines formations désincarnées, chez Ed Wood Jr, propos il y a. Et c’est ce qui fait toute la différence. Alors, ce disque garde bien quelques complexités un peu rébarbatives pour ceux qui restent allergiques au math-rock, mais croyez moi, le duo arrive à intégrer un peu de neuf dans un style qui commençait à sérieusement s’essouffler… Une belle surprise, qui devrait sortir le premier mai. Une distribution à la criée sur la manif serait-elle prévue ?

* comme ont pu le faire Shellac, ou les français de Chevreuil sur le split avec Room 204

(Album – ufv – swarm / synesthesic experience)