Tout le monde se souvient du petit phénomène qu’avait créé le premier album de Purr en 1997… Toute la presse spécialisée avait encensé ce « whales lead to the deep sea », comme la réponse française au postrock anglais et américain (Slint, Tortoise et Mogwaï avaient été cités à tout bout de champ). Après une remise en question qui a failli s’avérer fatale pour le groupe, le trio parisien revient au devant de la scène avec un nouvel album pas si surprenant que cela. Certes, la production, confiée à Luke Sutherland (Long Fin Killie) s’est améliorée, et le groupe possède dorénavant une expérience non négligeable, donnant un ensemble plus serein, mais le style posé et envoûtant si apprécié il y a 3 ans est toujours d’actualité. Les rythmiques enchaînant postrock et inspirations jungle ne sont pas si différentes d’antan ; les arpèges de guitare, suivis d’explosions sonores, s’écartent un peu du chemin ouvert par Slint, mais gardent toute leur personnalité et leur classe ; et la basse, même si plus dépouillée que sur le premier album, continue de nous faire rêver par ces rondeurs jazzy plus que merveilleuses. Pas de problème, la sensibilité est restée intacte ; les samples et la trompette sont toujours utilisés avec tact, et augmentent la beauté triste et sombre de cet album. Le seul réel changement provient de cette volonté de s’ouvrir au français. Si l’essai me surprend par sa réussite sur « Squares », qui ne déteint pas avec les morceaux en anglais, l’approche plus osée d’un titre comme « Crash » déstabilise. Au moins cela se veut personnel, mais cette voix très en avant m’agace profondément. Enfin, l’exercice était périlleux, et malgré quelques faux pas désagréables, je dois bien avouer trouver le résultat plus que convaincant, et, au final, loin des platitudes pop commerciales que nous livrent les radios dites « rock ». L’album aurait peut-être mérité un peu plus de surprise et de fantaisie, mais, le choix de la continuité permettra au moins à ceux qui avaient aimé le premier album de se jeter sur celui-ci sans hésitation.

(Album – Prohibited)