Après l’excellent « Love is Love » produit par Ian MacKaye, les doyens de Washington DC continue leur sempiternelle voyage, en ne faisant attention qu’à eux-mêmes. Car si le groupe a bousculé son histoire, habituellement sans cassure, en s’autorisant quelques concerts hors de Washington DC (une tournée en Angleterre l’année dernière et une apparition au festival espagnol St Feliu cette année), il n’en a pas pour autant révolutionné le concept musical qui les caractérise. Lungfish continue de répéter inlassablement le même schéma, la même chanson, la même mélancolie, le même poème, sans jamais se soucier du qu’en dira-t-on. Si ce « Feral Hymns » revient à des ambiances légèrement plus proches de leurs premiers albums en troquant plus régulièrement leurs arpèges de guitare caractéristiques en accords plus sales, on retrouve bien toute la force de ce quatuor atypique. Le génie du précédent album n’est peut-être pas atteint ici mais c’est pourtant bien un peu de lui que l’auditeur retrouve, derrière cette austérité déstabilisante. Le chant de Daniel Higgs, chanteur charismatique à la barbe imposante, nous envoûte toujours autant, donnant à ces morceaux monotones une émotion troublante. Et pourtant, le chant n’explique pas à lui seul le mystère qui entoure Lungfish ? Comment un groupe peut-il composer inlassablement les mêmes morceaux, creuser indéfiniment dans la même direction, ouvrir inlassablement les mêmes portes sans jamais s’essouffler ? Pire, comment arrive-t-il à nous séduire à chaque sortie, sans aucune déception depuis son premier album sorti en 1991 ? Lungfish est un mystère, loin des modes et des courants musicaux, une référence étrange au sein même de la scène de Washington DC. Lungfish possède la force des solitaires. Pas d’effets d’annonces ni de clichés usés. Trop vieux pour jouer les stars du rock, Lungfish touche par sa simplicité pleine de sens et sa musique quasi-tribale. Le mystère ne donnera toujours pas ses premières clés ici, mais c’est pour cela que nous les aimons, aussi austères soient-ils.

(Album – Dischord)