N’y allons pas par quatre chemins, nous sommes bien en face de l’album qui tourne le plus à la maison ces derniers temps. Mais comment font-ils ? Ces trois vétérans de l’histoire du punk défient toutes les règles, et depuis 2002, la principale d’entre elles (inventé par votre humble chroniqueur) qui affirmait que toute reformation n’était qu’esbroufe souvent sans saveur (je sais c’est un peu exagéré, mais tout de même).
Hors en 2004, après une pause de près de 20 ans, Mission of Burma nous sortait un « OnOffOn » qui se rapprochait du grandiose « Vs » (1982). Mais avec ce nouvel album, le trio ne s’arrête pas en si bon chemin et sort l’un de ces meilleurs albums, toutes époques confondues ! Jamais une reformation n’aura été aussi surprenante ! Avec 20 ans de plus au compteur, le groupe retrouve tout son talent, et compose un album particulièrement inspiré. Avec toujours ce punk arty, pourtant loin d’être prétentieux. Mission of Burma est bel et bien un ovni. Pas un hasard si le groupe a tant marqué les générations actuelles en seulement quatre ans d’existence (hors reformation). Mission of Burma a été un élément majeur des années post-punk, tout en apportant un son et un touché propre. Ce son, ce touché, cette émotion, on les retrouve intacte aujourd’hui. Les voix sont les mêmes, le son si proche (bravo Mr Bob Weston), l’inspiration toujours présente.
Mission of Burma sont les seuls à sortir de leurs albums une émotion digne de Fugazi (indiscutable sur « Spider’s Web » sur lequel on s’attend à voir débouler Guy Picciotto), des mélodies sublimes que ne renieraient pas les Thugs ou Hüsker Dü, de la dissonance chère à Sonic Youth, des chants à là Shudder to Think (sur « Donna Sumeria ») et une énergie punk qu’ils partagent avec les premiers Wire. Il serait difficile de renier qu’un peu de Mission of Burma se retrouve dans toutes ces références (et non le contraire – sauf peut-être pour les Wire). Chaque chanson de ce disque, toujours produit avec excellence par Bob Weston, est un monument. Du troublant « 13 » aux plus punk « 2wice » ou « Man in decline », ce nouvel album est savoureux à souhait. Le mélange parfait et précieux entre mélodies et dissonances, simplicité et détours sinueux. Une chose est sûre, rare sont les reformations a rivaliser avec leur passé, et à sortir deux chef-d’œuvres à 20 ans d’écart ! Définitivement grandiose.

(LP – Matador/Beggars)